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Guy Hemmings: Les nerfs! Les nerfs! C’est juste un match…

12/12/2011 - Posté par Guy Hemmings

Dimanche, le 5 décembre dernier, lors de la couverture de la grande finale du tournoi Coupe Canada qui se tenait à Cranbrook en Colombie-Britannique, nous avons eu l’opportunité, sur les ondes de RDS 2 et TSN, de découvrir une toute nouvelle équipe sur la scène nationale. En effet, pour affronter la renommée Jennifer Jones,  une toute jeune capitaine, elle aussi originaire de Winnipeg, faisait ses débuts en finale d’un Championnat d’importances, mais aussi ses débuts à la télévision. La jeune équipe était « ON TV » avec les micros, les réflecteurs, les entrevues d’avant partie et tout le tralala que ça implique!

Chelsea Carey hurle des encouragements (photo par Mike Burns)

Pour nous, amateurs de curling et analystes, c’est rafraîchissant de voir de nouvelles figures. Je n’ai rien contre les Kevin Martin, Glenn Howard, Jennifer Jones et autres qui nous offrent toujours un excellent spectacle, mais de voir de nouvelles figures qui leur poussent dans le dos, c’est agréable et surtout de bon augure pour notre sport.

Alors si de découvrir Chelsea Carey et ses co-équipières fut agréable pour nous, l’expérience semble avoir été plus laborieuse pour les jeunes joueuses du Manitoba. Celles-ci ont été dominées dans tous les aspects du jeu tant au niveau stratégique, technique que psychologique, et c’est à ce niveau que le dommage fut le plus dévastateur.

Comment alors peut-on expliquer une telle situation? Qu’est-ce qui fait qu’un athlète en pleine possession des tous ses moyens se retrouve à ce point affecté par les conditions de jeu ou par les conséquences qui découlent d’une situation donnée? Équipe Carey était en pleine possession de ses moyens, elle a terminé au tout premier rang du tournoi à la ronde, elle avait même vaincu Jennifer Jones deux jours avant la grande finale. Elle aurait dû être en confiance. Elle aurait dû être, en moyen d’offrir une performance solide. Je ne parle pas ici de remporter le match ou non, les bonnes performances ne se mesurent pas toujours en termes de victoire ou de défaite.  Nous savons tous qu’il y a des jours où une solide performance ne suffit pas pour décider de l’issu d’une rencontre. Mais je parle d’une performance solide, de celle où l’on sort satisfait de l’effort fourni, d’une performance qui se voulait à point au niveau technique et mental. Genre de performance avec laquelle l’athlète ne passe pas les semaines qui suivent à se torturer à coups de « J’aurais donc dû! » et de « Si j’avais su! »

Alors, comment expliquer ce mur que Équipe Carey a frappé si solidement à un point tel que même leur performance technique ne laissait pas croire aux téléspectateurs qu’elle représentait une des forces montantes du Curling féminin au Canada?

Je me permettrai de résumer ce phénomène par le terme distraction. Les distractions  dans le sport peuvent être nombreuses et fort diversifiées. Jouer dans un amphithéâtre différent, affronter un nouvel adversaire, jouer devant les caméras de télévision pour la première fois, avoir un microphone accroché à notre ceinture qui épie chacun de nos commentaires et états d’esprit, avoir de plus longues pauses entre chaque bout (pour permettre aux différents réseaux de placer leurs commerciaux) et bien sûr de jouer pour un plus grand enjeu (out come), sont toutes des distractions qui peuvent affecter, de façon impressionnante et sournoise, la concentration d’un athlète.

Que se passe-t-il dans le cerveau d’un athlète lorsque la concentration est affectée? Sans vouloir faire un cours de psychologie sportive 101, disons simplement que si votre concentration n’est pas à un niveau optimal, cette situation permettra à d’autres activités cérébrales, celles-ci souvent néfastes, de s’implanter dans votre petite tête et de venir affecter votre niveau de jeu.  Le chef de file de ces activités cérébrales néfastes est sans contredit le stress.

En état de stress, l’organisme ne réagit pas de façon à favoriser une haute performance sportive. Les effets du stress se font ressentir à plusieurs niveaux : tout d’abord au niveau du rythme cardiaque;  nous avons tous ressenti ce phénomène à divers moments de notre vie. Cette augmentation de rythme cardiaque aura évidemment une incidence sur notre fréquence respiratoire. Cette fréquence respiratoire plus rapide, moins profonde, viendra affecter notre circulation sanguine. Sans une circulation sanguine adéquate, nos muscles ne recevront pas l’apport d’oxygène nécessaire à garder leur bonne fluidité, leur élasticité si importante lors d’accomplissements sportifs. De plus, avec une circulation sanguine déficiente, la température de notre corps chutera de quelques degrés, un réflexe normal de l’organisme pour protéger les organes vitaux, réduisant encore davantage la fluidité de nos muscles. Avec des muscles aussi souples qu’une vieille boîte de pizza, comment peut-on espérer offrir une performance technique adéquate?

Je pourrais également renchérir sur les effets du stress, sur le processus mental de la prise de décision, si importante quand vient le temps d’établir la stratégie, les tactiques préconisées ou encore l’appel du brossage par les brosseurs ou la personne responsable de la maison.

Si vous suivez mon raisonnement jusqu’à présent, vous comprenez un peu mieux ce qui a pu affecter les performances de l’équipe

Equipe Carey (photo par Mike Burns)

Carey en grande finale. Il reste à savoir si ces dernières auraient pu prévenir une telle situation… La réponse est évidemment oui, sinon je viendrais de faire perdre l’emploi à plusieurs entraîneurs et psychologues sportifs à travers le pays.

Tout individu peut réussir à faire progresser son niveau de concentration, tout comme il réussit à améliorer ses performances techniques avec de l’entraînement. Les recherches permettent dorénavant de mesurer les ondes alpha, bêta ou autres ondes produites par le cerveau. L’une d’elles est fortement à la hausse en état de concentration élevée.

J’ai participé, il y a quelques années, à un projet de recherche à l’université McGill de Montréal, à un projet pilote visant à mesurer et à améliorer le niveau de concentration d’athlète dans différentes disciplines sportives. Malgré mon scepticisme du départ, j’ai été forcé d’admettre,  après quelques séances,  que notre niveau de concentration (donc de production d’ondes adéquates) est non seulement mesurable, mais qu’il est également possible de le renforcer avec des exercices précis. Le seul problème dans mon cas est que, même là, des hausses maximales possibles de mon niveau de concentration n’ont jamais réussi à combler mes lacunes techniques!!!

Tout amateur de curling, qui a suivi de près ou de loin l’évolution du curling, sait déjà pertinemment que notre sport a progressé énormément depuis que celui-ci est devenu une discipline olympique officielle. La plupart des équipes qui aspirent représenter le Canada aux différentes Olympiades ont modifié grandement leur méthode d’entraînement, elles ne peuvent plus aspirer aux plus hauts sommets avec uniquement l’entraînement sur glace en période hivernale.

Le curling requiert maintenant un engagement annuel de l’athlète.  La présence d’un entraîneur est dorénavant reconnue et indispensable. Le psychologue sportif est, quant à lui, appelé à jouer un rôle de plus en plus important dans le développement de la relève.

Certes, Chelsea Carey et ses coéquipières ont payé chèrement le prix de cet apprentissage.  Cependant, elles peuvent se consoler en se disant qu’elles ont dans leur coin, à partir de dimanche dernier, un allié important en ce qui touche les distractions potentielles : l’expérience!



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