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Pas besoin d’être un « Jack of all trades » (touche-à-tout)

3/11/2013 - Posté par Guy Hemmings

Le Championnat canadien de curling féminin est terminé depuis plus d’une semaine déjà, un championnat qui nous a donné des jeux spectaculaires et excessivement impressionnants de la part de la nouvelle équipe championne canadienne, celle de l’Ontario de Rachel Homan.

Bien que je fusse, comme la plupart des amateurs de curling, ébloui par cette jeune formation, par son sang-froid, par ses choix de jeux innovateurs et par la dynamique de cette formation, je n’arrive pas à me sortir de la tête une toute petite phrase anodine prononcée par leur entraîneur, Earle Morris. Celui-ci, tout en faisant l’accolade à ses jeunes protégées tout juste après la victoire en grande finale, leur a dit simplement : « You, guys, really put on a show tonight, I am so proud of you » (vous avez donné tout un spectacle, je suis réellement fier de vous).

Quelle plus belle récompense un entraîneur, tous sports confondus, peut-il recevoir de la part des ouailles? Je ne parle pas nécessairement de la victoire, mais de la façon dont les athlètes avec lesquelles ils travaillent depuis des années livrent la marchandise et se comportent comme de véritables professionnelles dans une situation extrêmement tendue. On ne peut certes pas contrôler l’issue d’un match, d’une rencontre, mais on peut certainement contrôler notre manière de réagir dans une situation de pression extrême, et s’il y un rôle qu’un entraîneur peut jouer pour se rendre indispensable, c’est bien à ce niveau. En fin de compte, il aurait été tout à fait normal si la jeune Homan avait utilisé la même phrase envers son entraîneur : “You, coach, really put on show tonight, I am so proud of you”.

La performance d’Earle Morris lors de ce Championnat m’a rappelé une autre superbe performance d’un entraîneur à laquelle il me fût donné d’assister. Je parle du rôle crucial joué par Toby McDonald, entraîneur de la formation de Brad Gushue, lorsque celui-ci a non seulement remporté contre toute attente les essais olympiques de Halifax en 2005, mais également remporté la première médaille d’or olympique de l’histoire pour le Canada en curling masculin aux Jeux de Turin en 2006.

Alors la question qui me turlupine, depuis quelques jours déjà, est la suivante : pourquoi, si un entraîneur peut être aussi important entre le succès ou non d’une formation, le curling a-t-il autant de difficultés à trouver ces entraîneurs de qualité?

Plusieurs éléments de réponses me viennent en tête. Je pourrais probablement écrire une dizaine de blogues sur le sujet sans tarir de réponses potentielles. En regardant de près le Championnat féminin, il y en a un qui m’a forcé à une réflexion plus profonde (dans mon cas, vous savez déjà que ce n’est pas le genre d’exercice que je pratique aisément). Je dis réflexion, je pourrais plutôt parler d’interrogation (ça concorde plus avec mon type d’activité cérébrale habituelle). Les entraîneurs sont-ils tous conscients de ce qu’ils peuvent réellement apporter à une formation?

Celui-ci peut jouer un rôle important dans plusieurs facettes du développement des athlètes. Certains auront une aptitude à travailler le côté technique, à améliorer tout l’aspect relatif à une bonne glissade, à un bon lâcher, etc. D’autres seront plus utiles sur le plan psychologique, à travailler la préparation mentale, le contrôle des émotions du stress ou autres. Certains seront d’excellents motivateurs, pousseront leurs protégés à se surpasser. D’autres pourraient même avoir d’excellentes notions sur la nutrition ou le développement cardio-vasculaire. Les choix stratégiques et tactiques seraient aussi une aptitude prisée par les compétiteurs de haut niveau.

Vous comprendrez aisément que très peu d’entraîneurs peuvent exceller dans tous ces domaines. Ceci n’enlève rien à leur utilité, à leur indispensabilité pourvu que ces entraîneurs soient bien conscients de ce qu’ils peuvent apporter à une formation en question.

Lorsque Colleen Jones a remporté quatre titres canadiens consécutifs au début des années 2000, leur entraîneur était un psychologue sportif. Ces notions en conditionnement physique et en stratégie étaient plutôt limitées. Lorsque Colleen et ses coéquipières demandaient un temps d’arrêt durant un match, celui-ci ne bougeait pas d’un iota de sa position. Il n’allait pas donner son avis stratégique ou tactique sur la situation de jeu! Toby McDonald, avec la formation de Brad Gushue lors des Olympiques de Turin, consacrait la majorité de ses efforts à faire travailler ses joueurs en équipe (la dynamique d’équipe battait grandement de l’aile chez cette formation reconstituée), il n’était pas là pour parler de nutrition ou de placement monté.

Étaient-ils moins utiles pour leur formation pour autant? Ils avaient simplement pris conscience de ce qu’ils pouvaient apporter à leur formation respective. Ils ne tentaient surtout pas d’intervenir dans un champ de compétence qu’ils n’avaient pas.

Voilà une réflexion importante qu’un entraîneur devrait faire avant de se lancer dans ce défi si important. Earl Morris nous a démontré, lorsqu’il est intervenu lors du Championnat canadien, qu’il était un entraîneur qui maîtrisait les éléments stratégiques et tactiques à la perfection. Ces interventions furent de véritables bijoux pour les amateurs de curling un peu plus expérimentés. On ne peut certes pas en dire autant de tous les entraîneurs que l’on a vus à l’œuvre lors de ce Championnat canadien.

Ceux-ci auraient-ils oublié de définir leur rôle et leur utilité au sein de leur formation? Si les entraîneurs effectuant cette prise de conscience étaient plus nombreux et acceptaient de ne pas nécessairement être parfaits en tout, ils seraient sûrement plus nombreux également à pouvoir aider au développement de jeunes athlètes.



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