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Les joueurs et joueuses élites trouvent leur équilibre – sur la piste et ailleurs

Reportage de Cathlia Ward

Le sport de curling a certainement connu une évolution au fil des années. Ces jours-ci, nous célébrons le curling comme sport de haut niveau, compétition au programme olympique, et nous nous passionnons à regarder les matchs à la télé et à assister aux championnats pour voir certains de nos plus grands héros et héroïnes sportifs en quête de leurs rêves. Mais ce que nous ne voyons pas, nous les partisans de curling, c’est la partie considérable de la vie que nos athlètes travailleurs connaissent au-delà de la piste de curling.

L’un des plus beaux aspects de notre sport de prédilection, c’est que même les compétiteurs du plus haut niveau sont des athlètes élites en fin de semaine et des gens ordinaires pour le reste de la semaine. Nos Olympiens et Olympiennes font carrière d’enseignant(e)s, avocat(e)s, fonctionnaires et chiropracticien(ne)s, et tous doivent trouver un juste équilibre entre leurs projets de carrière, la vie de famille, et leurs ambitions sportives.

Or, certains lecteurs et lectrices diraient que c’est impossible : comment faire ses études à temps plein et pratiquer le curling à temps plein? Comment travailler 40 heures par semaine et passer 40 heures hebdomadairement sur la piste de curling?

Comment s’assurer de passer du temps avec les enfants quand on est parti en tournoi pendant toute la fin de semaine ou, dans le cas des grands championnats, pendant toute une semaine. Ça pourrait paraître fou et invraisemblable, mais pour beaucoup des plus grandes étoiles du curling au Canada, c’est effectivement la réalité qu’elles connaissent. Certes, c’est un rythme effréné, mais il faut tout simplement trouver les moyens – et là, nos joueurs et joueuses se débrouillent fort bien!

Lori Olson-Johns: "Teammates, and working together to achieve that goal, the experience of that is priceless." (Curling Canada/Michael Burns photo)

Lori Olson-Johns: « Les coéquipières, le fait de travailler ensemble pour réaliser un objectif, c’est une expérience incomparable. » (Curling Canada/Michael Burns photo)

Lori Olson-Johns – troisième sur l’une des meilleures équipes féminines au Canada, basée à Edmonton, Alta., dirigée par Val Sweeting – a une jeune famille et la carrière de ses rêves, mais cela ne l’empêche aucunement d’ambitionner de participer aux Jeux Olympiques en 2018.

«Depuis un très jeune âge, je tenais à être enseignante d’éducation physique, puisque j’ai été inspirée par un excellent enseignant à Fort McMurray (où j’ai grandi),» explique Olson-Johns. «Et bien sûr, quand j’ai connu le succès assez jeune en curling, je tenais à continuer à concourir aussi. Donc j’ai quitté ma ville natale pendant quatre ans pour compléter mon diplôme, j’ai continué à pratiquer le curling, puis je suis rentrée à Fort McMurray et je suis tombée tout de suite sur un emploi en éducation physique : c’était un rêve devenu réalité.»

Olson-Johns est une parmi un grand nombre de joueurs et joueuses qui concourent au plus haut niveau sans pour autant sacrifier un métier qui leur tient à cœur.

«Le temps passé avec les élèves, c’est tellement satisfaisant, à tous les niveaux,» dit-elle. «J’aime mon travail, j’aime mes élèves. Il n’y a jamais de mauvaise journée à l’école. Je pense que ça me convient très bien : je suis enseignante d’éducation physique, et par mes activités sportives, mes élèves voient qu’il est possible d’achever ses rêves, moyennant une bonne dose de travail ardu.»

Au-delà du travail à temps plein – un boulot exigeant par-dessus le marché – Olson-Johns et son époux, Cody Johns, élèvent deux filles âgées de six et sept ans, et c’est de son propre aveu un équilibre délicat.

«Je fais mes exercices à 6h00, puisque mes filles sont encore endormies à cette heure-là,» dit-elle. «Je rentre de ma séance d’exercice et j’aide à préparer les filles pour aller à l’école. Puis nous allons toutes à l’école et je passe toute la journée à me donner à 110%. Nous rentrons en après-midi, nous prenons le souper, faisons les devoirs et les enfants font dodo, puis s’il y a du curling au programme, je m’en vais. Oui, j’ai un horaire chargé, mais ça marche puisque j’ai la volonté et la discipline de suivre le programme, et j’ai un système de soutien vraiment incroyable. Mes parents sont d’un grand appui, de même pour mon mari. Il faut que tout tombe bien en place pour que vous puissiez donner votre pleine mesure.»

Même si ce n’est pas facile, trouver le juste équilibre de tous ces aspects importants de la vie, Olson-Johns encourage les jeunes à continuer à poursuivre simultanément leurs activités sportives et scolaires.

«Il y a tant d’autres leçons que nous apprenons dans le sport, des leçons que nous n’apprenons pas forcément en salle de classe,» remarque-t-elle. «Ces cadeaux que j’ai reçus, et que j’espère que mes filles ont reçus aussi, ils n’existent pas autre part que dans le sport. Les coéquipières, le fait de travailler ensemble pour réaliser un objectif, c’est une expérience incomparable. Si vous passez cinq ans à étudier, et si vous arrivez à pratiquer un sport en même temps, les souvenirs et expériences que vous en tirerez sont des plus beaux.»

Team Alberta, Skip Val Sweeting, Third Lori Olson-Johns, Second Dana Ferguson, Lead Rachelle Brown, Alternate, Sarah Wilkes, Coach, Garry Coderre the 2015 Scotties Tournament of Hearts, the Canadian Womens Curling Championships, Moose Jaw, Saskatchewan

Dana Ferguson, Rachelle Brown et Lori Olson-Johns (Curling Canada/Andrew Klaver photo)

L’Albertain Kevin Koe, champion du monde 2016, connaît lui aussi les défis de jongler carrière et famille entre les événements de curling, mais dans son cas, il a commencé par poursuivre ses études, et ensuite il s’est affirmé dans son boulot et avec son employeur.

«J’ai quitté les Territoires du Nord-Ouest pour continuer mes études à Calgary,» raconte Koe. «Je n’étais pas tout à fait sûr du métier que j’allais choisir, mais je savais que je voulais faire quelque chose dans le commerce. Maintenant je suis agent foncier chez Repsol Oil & Gas Canada Inc., donc je porte plusieurs chapeaux. Je traite beaucoup avec les fermiers quand nous amorçons des projets, et je trouve ça passionnant. Nous nous entretenons avec eux, peut-être nous voulons utiliser leurs terrains, donc nous nous lançons dans des conversations en vue de négocier un contrat.»

«Ça fait 16 ans que je suis chez cette société, qui s’appelait anciennement Talisman Energy, et je dirais sans hésiter qu’elle (Repsol Oil and Gas) m’a toujours appuyé en ce qui concerne mes rêves pour le curling,» affirme-t-il. «Quand j’y suis arrivé initialement, je ne jouais pas autant que maintenant. Il est difficile de pratiquer le curling 15 semaines sur l’année quand on apprend un nouveau boulot. Mais au fil des années je me suis fait une place, et mon employeur commandite mes équipes depuis six ans maintenant.»

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Kevin Koe, Brent Laing, Marc Kennedy et Ben Hebert (Curling Canada/Michael Burns photo)

Certains pourraient penser que la vie en tournée est très dynamique et grisante, mais Koe explique que la famille et le boulot ne sont jamais loin de ses pensées.

«Je continue à travailler un peu quand je suis sur le circuit. Si par exemple une question survient à propos un de mes projets, je me mets au téléphone ou je rédige quelques courriels pour coordonner l’affaire à partir de la ville où je suis pour tel ou tel tournoi,» dit-il. «Heureusement, avec les progrès en technologie, cet aspect de mon travail est d’autant plus facile. Donc même quand je pars au circuit, je continue à travailler, dépendamment de la situation et de la journée.»

Et parfois c’est les vacances, le temps personnel, qui sont virées aux tournées de compétition pour Koe avec son équipe, et cela veut dire que son épouse Carla, et ses deux filles (âgées de neuf et onze ans) restent à la maison.

«Oui, ça peut être intense, surtout en automne quand on part pendant quatre jours, puis on rentre pour un ou deux jours et ensuite on repart,» avoue-t-il. «Je ne nie pas que ce soit un défi. Je suis le premier à admettre que ma femme fait la grosse partie du travail à la maison, surtout aux mois où nous avons un horaire de compétition très chargé. Et ça devient plus dur au fur et à mesure que les enfants grandissent, puisque je suis absent pour certains moments importants, mais entre deux événements, la famille et le travail sont mon univers. Il est difficile de jongler avec tout cela, mais quand on a tant de soutien, c’est faisable.»

Même quand Koe est chez lui, en mode carrière et famille, le curling et l’entraînement font toujours partie de son quotidien.

«Entre événements, nous nous rencontrons pour un couple de séances d’entraînement, et je fais des exercices et des séances d’entraînement personnel aux heures où je peux. Je pratique les tirs à l’heure de dîner, de sorte que je puisse être chez moi le soir,» dit-il. «Le club Glencoe (le club principal de Koe, à Calgary) est une excellente installation, et il y a toujours des pistes libres à l’heure de dîner. En été, l’entraînement hors glace est une de nos grandes priorités, et en saison, on fait de son mieux pour garder sa ligne, mais on ne peut maintenir une telle intensité, puisque le repos entre événements est tout aussi important.»

Koe comprend que ce n’est pas chose facile d’équilibrer toutes ces priorités; effectivement, ça pourrait parfois être épuisant, mais il croit qu’il importe de mettre –et garder – un pied dans la porte avec le curling, même quand on est très occupé et stressé, et même quand on est un jeune athlète qui fait ses débuts dans le sport.

«Le conseil que j’ai, c’est de ne pas délaisser le sport, si cette option est aucunement possible. Quand j’étudiais à l’université, je ne faisais pas de tournées, mais je participais aux tournois qui n’étaient pas loin de chez moi,» dit-il. «Creusez-vous une place dans les tournois pas trop grands, et restez actif dans le sport. Il n’est pas nécessaire de jouer beaucoup, et tout un chacun aura besoin d’une carrière à un moment donné. C’est peut-être un peu farfelu de dire qu’on va faire carrière de joueur de curling, point final, cependant en adoptant cette perspective, on ne va pas s’écarter du sport. Ciblez les tournois locaux et provinciaux, dépendamment de ce qui est disponible près de chez vous, et en même temps, essayez de vous établir dans un métier.»

Alors que nous regardons concourir nos athlètes favoris cette saison, en nous nous émerveillant devant leurs habiletés et leur sportivité, je vais admirer non seulement leurs prouesses sur la glace, mais également leur engagement pour faire face à tous les défis de la vie au sens large. Si les super-héros existent pour de vrai, je pense que nos joueurs et joueuses élites en sont un excellent exemple.

Kevin Koe shares a moment of celebration with wife, Carla, and their two daughters after winning the gold medal at the 2016 World Men’s Curling Championship in Basel, Switzerland (Curling Canada photo)

Kevin Koe partage un moment de célébration avec son épouse Carla et leurs deux filles après avoir gagné la médaille d’or au Mondial 2016 de curling masculin à Bâle, Suisse (Curling Canada photo)