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Coup de folie avec Geoff Walker

Cette semaine, l’invité de John est Geoff Walker, premier sur l’équipe de Brad Gushue, le quatuor qui vient d’écrire l’un des plus beaux chapitres dans l’histoire du curling canadien, remportant la victoire au Brier Tim Hortons, dans sa propre ville de St. John’s, Terre-Neuve-et-Labrador. En plus, Geoff a deux titres de championnat du monde junior à son compte; il est sextuple champion de Grand Chelem, et il a participé à six Briers.

Bienvenue à Coup de folie, une nouvelle série de Curling Canada où le comédien John Cullen s’entretient avec vos joueurs et joueuses favoris en vue d’amorcer une discussion où tous les coups sont permis. Chaque entretien consiste en huit questions, dont cinq questions régulières posées à chaque joueur ou joueuse, deux questions qui portent spécifiquement sur la personne interviewée, et une question qui aura été proposée par la personne interviewée précédemment.

«Le fait d’être blessé et incapable de balayer était naze, mais je ne changerais ça pour rien au monde,» déclare le premier terre-neuvien Geoff Walker. Sur cette photo, il regarde la pierre s’immobiliser sur la piste alors que son capitaine Brad Gushue célèbre son tir gagnant au Brier Tim Hortons 2017 à St. John’s (Curling Canada/Jeffrey Au photo)

1. Quel est le plus beau coup auquel tu aies jamais participé?

Geoff Walker: J’ai eu la bonne fortune de participer à bon nombre de beaux lancers, mais je dois choisir le lancer de Brad contre Kevin Koe au Brier de l’an dernier (regardez-le ici). Tu sais, quand on couronne un coup sur 1v1 de TSN, il n’y a guère de meilleur, non? Franchement, je ne pense avoir contribué aucun effort au balayage, mais j’ai toujours le sens d’avoir fait partie de ce lancer. [rire]

John Cullen: Mec, tu portais le même chandail que le gars qui l’a lancé, c’est tout ce qui compte. [rire]

GW: Effectivement. Pour ce qui est du coup auquel j’ai joué un rôle, je me souviens de notre affrontement avec Steve Laycock au Grand Chelem à Yorkton—je pense que c’était il y a trois ans—nous avions à faire parvenir un placement sur l’extrémité du bouton pour gagner, et nous avons réussi le coup (regardez-le ici). J’ai fait une grande contribution à celui-là, et c’était un placement assez mémorable.

JC: Je me souviens de tous ces deux coups, et ils ont été splendides. Mais tu as également fait partie d’un lancer important, il y a seulement deux semaines (regardez-le ici) et je suis surpris que tu le passes sous silence. Bon, tu n’y as pas joué un si grand rôle en fin de compte. [rire]

GW: Ouep, c’est le pire coup auquel j’aie jamais participé. [rire] Non, je rigole. Évidemment le fait d’être blessé et incapable de balayer était naze, mais je ne changerais ça pour rien au monde.

2. Quel joueur ou joueuse saurais-tu battre dans un combat corps à corps?

GW: Il faut nommer mon coéquipier, Brett Gallant. La raison pourquoi, c’est que je l’ai vu sur la table de massothérapie, et c’est un gars fragile, notre ami Brett. [rire]

JC: [rire] Dans mon entretien avec Brad, il a choisi Brett pour cette question aussi, donc je vois une tendance.

GW: Notre massothérapeute et notre physiothérapeute ont été sur place au Brier puisque comme tu sais, Brad et moi luttons contre des blessures. Puis Brett a décidé que, même s’il n’était pas blessé, ce serait une bonne idée de se faire un massage, à mi-chemin du tournoi, et je te jure, il hurlait. Ton seuil de douleur est ridicule. Et il craint le sang aussi. Si nous regardons une émission ou un film à la télé et il y a du sang, il tressaille.

JC: Donc si tu sais porter le premier coup, la douleur et le sang vont défaire Brett tout de suite.

GW: Exactement.

JC: Je te connais depuis longtemps, t’es un bon gars, très sympa, mais il faut dire que tu as grandi à Grande Prairie, donc tu devrais savoir bagarrer. Je ne sais pas si c’est comme ça dans l’Île-du-Prince-Édouard.

GW: Oui, nous essayons de faire coller le surnom «Viande et pommes de terre», mais il n’y a guère de preneurs. Je suis un natif de la capitale de la viande du Canada, l’Alberta, et Brett a grandi parmi les pommes de terre dans l’Île-du-Prince-Édouard.

JC: C’est génial. Je vais certainement inclure ça dans la version finale de cette entrevue. Espérons que les gens qui nous lisent ici vont reprendre le flambeau et encourager tout un chacun à adopter ce surnom pour vous deux.

GW: Je te remercie. C’est une cause qui nous tient à cœur. [rire]

«Viande et pommes de terre», le surnom collectif de Geoff Walker et Brett Gallant (Curling Canada/Michael Burns photo)

3. Bon, je vais écarter ma question numéro 3 habituelle, et la remplacer par une nouvelle section, Premier à Premier, où je pose des questions percutantes à mes premiers favoris. J’ai déjà fait l’expérience avec Colin Hodgson, et maintenant c’est ton tour. Allons-y!

Quel premier se débrouillerait le mieux au poste de skip?

GW: Je vais dire Denni Neufeld. C’est un joueur solide; c’est dur de le battre aux tirs, et il se met en position groupée. Combien de premiers font ça au juste? Denni devrait avoir un autre poste.

JC: [rire] C’est vrai. J’ai une règle que je voudrais mettre en œuvre : les premiers et deuxièmes ne devraient pas avoir le droit de se servir d’un balai de paille. Une béquille, j’accepte. Mais un balai de paille, aucunement.

GW: [rire] Tout à fait d’accord. Faut pas bannir la béquille, sinon il y aurait tout un groupe de gars qui devraient abandonner le sport. [rire] Mais les balais de paille – aux ordures!

JC: Quel premier serait le pire comme skip?

GW: Probablement bon nombre d’entre nous. [rire] Il y a toutes sortes de personnes avec qui je pourrais me chicaner, mais je vais dire Benny Hebert. Je sais que Colin a dit qu’il serait le meilleur, mais tu veux-tu vraiment un type qui ne sait glisser qu’à la ligne de balayage, et lancer un seul tour? [rire]

JC: [rire] T’as raison. Je pense que Colin avait la notion que Benny s’implique beaucoup aux aspects stratégiques du jeu, et qu’il pourrait être serviable à cet égard.

GW: Oeup, il ne manque pas de belles paroles, mais le problème c’est de passer à l’acte avec le lancer. [rire] Cela dit, J-M Ménard ne sait lancer qu’un seul tour et il se débrouille pas mal, donc qui suis-je pour juger? [rire]

JC: Quel premier a le meilleur style?

GW: Wow, du style, il y en a assez peu. Ça sort vraiment de nulle part, mais je vais choisir Sofia Mabergs, d’Équipe Hasselborg. Elle a l’air dure à cuire avec tous les tatouages sur le bras, et elle est superbe au balayage comme aux lancers.

Sofia Mabergs, d’Équipe Hasselborg (photo de la FMC/Alina Pavlyuchik)

JC: J’aime cette réponse. C’est la première fois où on choisit une femme, et j’ai beaucoup d’admiration pour elle aussi. Et dernièrement, il était évident que tu souffrais d’une blessure au Brier. Si jamais la blessure devenait assez grave pour te barrer de la compétition, qui est-ce que tu choisirais comme remplaçant?

GW: Nolan Thiessen. On me dit qu’il est dispo. [rire] En plus, ça fait deux fois où lui et son balai ont attiré des pierres jusqu’au bouton pour remporter le titre au Brier, donc c’est un gars qu’on aimerait avoir dans son coin.

4. De tous les boulots que tu as eus, lequel a été le pire?

GW: J’ai eu de la chance. Je n’ai jamais eu de boulot complètement rébarbatif. Probablement le pire de tous a été mon temps comme nettoyeur de tapis. Je remplaçais un ami pendant un couple de semaines dans un service de nettoyage de tapis dans l’Alberta, et c’était un travail onéreux. On n’y pense pas trop, mais il faut porter l’équipement sur le dos, et manipuler l’aspirateur, et ça me cassait le dos. Pas trop amusant.

JC: Il faut convenir, cela ne me tente pas comme emploi. Est-ce que c’était étrange d’entrer dans les demeures d’autrui? J’avais un boulot où je montais des spectacles pour les fêtes d’anniversaire, et je n’arrivais jamais à me débarrasser de cette sensation d’inconfort lorsque j’entrais dans la maison de quelqu’un que je ne connaissais pas.

GW: Oui, je te comprends, mais ça me rappelle en même temps une histoire drôle. À ma toute première journée au travail, j’ignorais où nous allions, donc j’avais mis un vieux tee-shirt Molson Canadian, un de ces cadeaux gratuits qu’on sort des caisses de bière. Et sais-tu, le premier endroit où nous allons pour nettoyer les tapis, c’est Alcooliques Anonymes. Et moi le plus grand imbécile au monde, une publicité vivante pour la bière, dans un centre de réadaptation. [rire]

JC: [rire] Oh mon Dieu c’est incroyable. Ce n’était pas de ta faute, pas du tout, mais tout de même…

GW: Oui, c’était assez gênant.

5. Tu te souviens d’une notion dingue à laquelle tu t’es tenu pendant bien trop longtemps?

GW: Je pense que ce serait probablement la notion que les jeux vidéo endommagent irréparablement le cerveau. Quand j’étais petit, mes parents ne voulaient pas que j’y joue, donc ils m’ont dit que les jeux vidéo grilleraient le cerveau. Je pense que la plupart de mes camarades rejetaient cette notion, mais moi, j’y croyais. Mes amis avaient des consoles, et je jouais occasionnellement, mais souvent je prêchais les dangers des jeux vidéo et la nécessité de se protéger contre les lésions cérébrales. [rire]

6. Passons maintenant aux questions qui portent spécifiquement sur Geoff Walker. Comme tu sais, ta fiancée Laura Crocker (troisième sur Équipe Rocque) est une amie à moi, et elle m’a raconté des histoires. Vous deux jouez ensemble en doubles mixtes, et c’est d’ailleurs un excellent moyen pour s’attirer des ennuis comme couple… mais elle m’a dit de te demander de raconter l’anecdote du moment où tu as répondu «t’es sûre?» lorsqu’elle dirigeait un coup.

Geoff Walker et Laura Crocker discutent d’un coup durant la demi-finale du Championnat canadien 2016 de curling en doubles mixtes, à Saskatoon, Sask. (Curling Canada photo)

GW: Le moment? Une seule fois? [rire]

JC: [rire] Bon, ben, il n’est probablement pas exagéré de croire que ça s’est passé plus d’une fois.

GW: Oui, on pourrait raisonnablement dire que je l’ai dit plus d’une fois. Je suis content qu’elle l’ait entendu seulement une fois. [rire] Nous en avons parlé. Parfois on joue sur des pistes qui ont une ligne de quatre pieds, donc on a la possibilité d’évaluer la trajectoire d’en dessus. Même en jouant avec Brad, on a le sens de si on est sur la bonne voie ou s’il faut faire courber un peu la pierre. Je pense qu’il s’agissait d’un lancer que je jugeais plus large qu’il ne l’était réellement, et elle a dit «Hard!», et j’ai répondu «t’es sûre» plutôt que de me mettre au balayage. Rétrospectivement, j’aurais mieux fait de fermer la gueule. [rire]

JC: [rire] Évidemment. On a une vie heureuse quand on a une femme heureuse.

GW: Absolument. C’était un bon test de nous comme couple, faire équipage en doubles mixtes, et je suppose que nous nous sommes montrés à la hauteur puisque nous sommes fiancés maintenant. Nous n’avons plus le choix. [rire]

7. On me dit aussi que tu as une obsession avec le gazon, que tu te plais à cultiver l’herbe. J’imagine que j’aie un tas de lecteurs et lectrices qui partagent cette même fascination pour la pelouse. Tu as des trucs que tu pourrais nous apprendre?

GW: [rire] Oui, j’admets que c’est une passion. C’est assez simple en fait : beaucoup d’engrais, beaucoup d’arrosage, et c’est tout ce dont on a besoin. Puisque je travaille pour un terrain de golf, j’ai accès aux engrais de qualité professionnelle, et c’est là le secret. L’engrais qu’on vend au détail est nul. Et il ne faut pas craindre d’arroser non plus.

JC: Oui, j’ai entendu dire que l’arrosage ne t’effraie aucunement, et que ta future épouse se fait des soucis en te voyant passer des heures et des heures à arroser à la main, ou bien tu prends une éternité juste pour poser l’arroseur juste comme il faut.

GW: C’est exactement cela. Il ne faut pas arroser aux mauvais endroits. [rire] Un autre truc est de ne pas trop tondre; le gazon devrait rester relativement long. En conséquence, il faut être prêt à tondre plus fréquemment, mais si vous gardez le gazon plutôt long, ça prévient les maladies. Et dernier point : il faut tondre en ligne droite. Toujours.

JC: Il me paraît que tu prends tout cela très au sérieux.

GW: Ma pelouse est la plus belle du quartier. [rire]

JC: Ça te fâche quand tu vois les voisins qui se foutent de l’entretien de la pelouse?

GW: Bon, c’est drôle; j’habite à St. John’s en hiver, évidemment, et à la maison que nous louons par exemple, on ne s’occupe aucunement de la pelouse. Don à la fin de l’été quand je rentre à St. John’s, le gazon est dégueulasse. Que de mauvaises herbes. Ça me rend fou, et j’attends avec impatience que la première chute de neige vienne cacher cette nuisance visuelle. [rire]

8. La dernière question est signée Tyler Tardi, qui veut savoir : quelle est la chose la plus étrange que tu aies mangée?

GW: Ces gars viennent de rentrer de Corée, donc c’est probablement la raison pour laquelle il a posé cette question. J’y suis allé plusieurs fois. La première fois, c’était au niveau junior, et nous n’avons pas été trop audacieux en matière de nourriture. Nous étions des enfants; nous étions sélectifs pour ainsi dire. En plus, on était en train de disputer un championnat, donc il fallait faire attention à ne pas bouleverser l’estomac. La première fois où j’y suis allé avec Brad, nous avons essayé du poulpe, et c’est là l’aliment le plus étrange que j’aie mangé, je crois. Tu sais, là-bas on met le poulpe cru sur un bâton et le serveur l’apporte comme ça à la table, puis on le cuit devant vous, avec un petit chalumeau.

JC: Un vrai spectacle quoi.

GW: Oui, quand le serveur l’a apporté à la table, c’était sous-entendu que nous allions tous en prendre un. Donc j’ai remarqué que le tout premier qu’ils avaient sur le bâton était relativement petit, et j’ai offert d’aller en premier. Le goût n’est pas trop lourd, mais la texture est naze.

JC: Lequel des gars a eu la pire expérience à cette soirée de poulpes?

GW: Brett, sans aucun doute. Mark et moi sommes allés les premiers, puis les serveurs en ont apporté deux autres. Brad avait déjà vécu l’expérience dans le passé, donc il n’a pas hésité à choisir le plus petit des deux. Et il a laissé à Brett ce grand poulpe horrible. Brett n’était pas trop content, mais nous autres nous avions déjà fait notre part, donc il n’avait pas de choix. C’est tout comme quand on s’envoie les verres dans un bar…si vos camarades le font, tu es obligé d’en boire aussi.

JC: Parfait, merci infiniment Geoff! Je ne suis pas complètement sûr qui sera mon prochain invité, mais j’ai déjà une bonne idée, donc je te contacterai pour une question aussitôt que cette entrevue aura été confirmée. Bonne chance et bon courage au Mondial et pour le reste de la saison aussi!

Suivez John sur Twitter @cullenthecurler et suivez Geoff @gwalker71.

Geoff Walker et Brett Gallant avec Mark Nicholls, leur coéquipier d’Équipe Gushue, sur la glace en Coupe Canada 2016 Home Hardware, à Brandon, Man. (Curling Canada/Michael Burns photo)