Tous les articles / Nos histoires / Blogue Thiessen : la nouvelle ZGP à 5 pierres est un changement pour le meilleur dans le curling

Blogue Thiessen : la nouvelle ZGP à 5 pierres est un changement pour le meilleur dans le curling

Au mois de septembre, 2017, les effectifs de la Fédération mondiale de curling se sont prononcés fermement en faveur d’un changement à la règle de Zone de garde protégée (ZGP) à compter de la saison 2018-19, pour supprimer la règle de quatre lancers – en vigueur au Canada depuis 2002 et au reste de la FMC depuis 1993 – et la remplacer par une ZGP à cinq lancers (ZGP-5).

Les équipes continueront à adapter leurs stratégies et leur jeu la saison prochaine, lorsque la nouvelle règle de Zone de garde protégée à 5 pierres débutera aux championnats nationaux et internationaux. (Photo, Curling Canada/Michael Burns)

En tant qu’Association-membre de la FMC, Curling Canada a pris la décision d’adopter cette règle dans ses compétitions et évènements à compter de la nouvelle saison.

Soyons clairs : aucun joueur ou joueuse de club, aucune équipe ou ligue de club n’est obligé d’observer cette nouvelle règle dans son jeu; si par exemple vous organisez une ligue de curling mixte de mardi soir, vous pouvez maintenir la règle ZGP-4, ou bien établir une règle de 10 pierres, à votre gré. Faites ce qu’il faut pour préserver une atmosphère agréable, une qui gardera vos joueurs et joueuses engagés et impliqués comme participants actifs. Cependant, si vous participez à quelque tournoi que ce soit qui débouche sur un championnat pris en charge par Curling Canada, la règle ZGP-5 sera en vigueur à compter du début de la saison prochaine.

Étant donné que notre sport évolue et change à tous les niveaux, notamment dans le domaine des habiletés des athlètes, mais également l’entretien des pierres et de la piste, les intervenants dans le sport ne devraient jamais être complaisants en ce qui concerne les possibilités d’apporter des changements qui pourraient améliorer encore le jeu. Nous devrions toujours chérir l’histoire et les traditions du curling, mais en même temps il ne faut aucunement y être assujettis. L’incapacité à pratiquer l’autoréflexion et à changer de cap en conséquence est un piège réel dans beaucoup d’aspects de la vie, et le sport n’en est aucunement différent.

La ZGP-5 l a été testée et mise en pratique pendant plusieurs saisons à la Série du Grand Chelem de curling, circuit qui s’est avéré un banc d’essai indispensable afin d’assurer que les changements proposés sont valables, autant du point de vue de la compétition sur la piste que de la perspective des spectateurs. Les athlètes qui ont employé la règle de ZGP-5 dans un contexte de compétition ont été quasiment à l’unanimité totale pour dire que c’était une façon préférable de mettre de l’avant notre sport.

En tant que membre de la Commission des athlètes FMC et représentant de celle-ci au sein du conseil FMC des championnats et des règles, j’ai participé activement au processus de changement de règles : toutes nos deux commissions ont donné leur appui à cette motion à l’avance du vote ultime de la FMC favorisant le changement. Les motifs sous-tendant le changement ont été simples et bien pensés, les désavantages en étaient minimes, et les avantages nombreux, dont :

• Égalité de pierres dans la zone de garde protégée
o ZGP-4 : l’équipe qui ne dispose pas du marteau peut déloger une garde avec le premier tir du deuxième sur l’équipe; autrement dit, l’équipe qui a le marteau n’a effectivement qu’une seule possibilité d’établir une garde dans la ZGP
o La ZGP-5 permet aux deux équipes d’établir deux gardes que l’autre équipe ne peut pas déloger immédiatement au prochain lancer.
• Un jeu globalement plus offensif et dynamique (n’est-ce pas une qualité prisée dans tous les sports?)
• Réduction du nombre de manches blanchies (y a-t-il personne qui s’emballe à la perspective d’une manche blanchie?)
• Améliorer les chances de revenir de l’arrière (si on affiche un déficit dès les premières manches, maintenant cela ne signifie pas forcément que les jeux sont faits)
• Moins de poignées de main en huitième manche (des matchs plus concurrentiels, qui durent plus longtemps…quel concept nouveau!)

Mais comme j’ai remarqué auparavant, jusqu’ici, c’est seulement les évènements de Grand Chelem qui ont mis en pratique la règle ZGP-5, et même si la plupart des partisans du curling auront vu cette mise en pratique ZGP-5 aux évènements à la télé, ils se peut qu’on ne comprenne pas à fond la signification et les effets de ce changement. Voici certains scénarios où cette nouvelle règle passera au premier plan :

• Ça n’a pas d’incidence sur la stratégie de chaque manche, comparé à la règle de ZGP-4
À titre d’exemple, en cas d’égalité des points à la dernière manche, l’objectif n’en est aucunement différent qu’il s’agisse de ZGP-4 ou ZGP-5. L’équipe avec l’avantage de la dernière pierre essaie de marquer des points, et l’équipe sans le marteau essaie de voler des points. L’équipe qui a le marteau peut commencer à déloger des pierres à compter du premier tir du deuxième, comme c’est toujours le cas.

Pareillement, pour les équipes qui ont le marteau et qui ont une avance dans le match, la stratégie ne changera probablement pas. Il est assez rare de voir des équipes qui, avec le marteau et une avance au pointage, adopteraient la tactique de mettre deux gardes latérales tout en prenant le risque considérable d’accorder un vol à leur adversaire du fait d’ignorer les pierres au centre de la maison. Donc il y aura encore des manches similaires en nature à la suite du changement qui s’impose cette saison.

• Vous allez voir des changements de stratégie lorsqu’une équipe a le marteau et accuse un déficit de deux points ou plus
C’est le scénario où nous avons remarqué la plus grande différence aux évènements où la règle ZGP-5 s’appliquait. Comme je viens de mentionner, l’équipe sans le marteau ne peut pas déloger complètement une pierre avec le premier tir du deuxième, donc lorsqu’une équipe affiche un déficit et dispose du marteau, elle aura la possibilité d’établir deux gardes latérales qui ne peuvent pas être complètement délogées de la piste, du moins pas immédiatement. Souvent, cela veut dire que l’équipe qui n’a pas le marteau gardera ses trois premières pierres en jeu. Ça change d’ailleurs la tactique pour défendre une avance considérable : est-ce qu’on gèle des pierres ou fait des frappés-poussées pour protéger les marqueurs, ou par contre essaie-t-on d’effectuer des lancers pesants pour déblayer des pierres multiples? Et si on rate le premier double déblayage et l’équipe avec le marteau gèle une pierre contre un de vos marqueurs, et une autre contre une garde latérale? D’une façon ou une autre, vous êtes pris entre l’arbre et l’écorce. Les possibilités et les subtilités sont quasiment illimitées, et ça rend le jeu plus grisant pour tout le monde.

C’est aux équipes individuelles donc de tenter les différentes possibilités et trouver une approche qui leur convient. Combien de risque osez-vous assumer à différents moments du jeu? Quels sont les moyens par lesquels un adversaire pourrait vous obliger à mettre davantage de pierres en jeu, même si vous ne le souhaitez pas durant telle ou telle manche? Il n’y a aucune tactique facile en matière de défense; certaines équipes adopteront l’approche de s’en sortir à force de frapper; d’autres préfèreront une approche qui équilibre les tactiques offensives et défensives, en fonction de leurs points forts et points faibles. Présentement, aucune stratégie n’est à elle seule la meilleure pratique. Tout le monde – les joueurs juniors et séniors tout comme nos équipes d’élite – se doit d’aller au bout des différents scénarios de manche pour cerner une approche qui lui convient.

Donc installez-vous, relaxez-vous et appréciez l’évolution suivie de notre jeu, et le progrès dans la manière selon laquelle nous mettons de l’avant les habiletés de nos meilleurs athlètes.