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Homme drôle de curling prend la scène

Bon, un mec rentre dans un bar, un balai à la main…

Paradoxalement, ce joueur de curling qui a raconté un tas de blagues, qui a même été rémunéré pour ses efforts, et qui, le mois prochain à Montréal, participera au plus grand festival de comédie au monde, ne touche pas tellement au curling dans son numéro comique.

John Cullen est prêt pour le plus grand concert de la comédie de sa jeune carrière, plus tard ce mois-ci à Juste pour rire de Montréal. (Photo, gracieuseté Sharalee Prang Photography)

John Cullen est prêt pour le plus grand concert de la comédie de sa jeune carrière, plus tard ce mois-ci à Juste pour rire de Montréal. (Photo, gracieuseté Sharalee Prang Photography)

Effectivement, il n’y a qu’une blague qui y fait référence, et là encore le curling joue un rôle de second plan.

Et c’est ainsi que procède John Cullen, messieurs et mesdames. Disons-le franchement : le curling est un sport riche en humour, mais Cullen dispose de tant de thèmes absurdes dans la vie quotidienne qu’il n’a pas besoin de cibler un public spécialisé qui comprend les nuances entre un effet intérieur et un effet extérieur.

Mais ne vous inquiétez pas : quand Cullen — qui lance les pierres de premier sur l’équipe de Dean Joanisse, de New Westminster, Colombie-Britannique, vaincue en bout supplémentaire dans la finale provinciale la saison dernière — sera sur scène le 24 juillet au célèbre Festival Juste pour rire, le curling sera abordé.

«Oui, je crois que le curling aura sa place dans ces sept minutes que j’aurai,» a affirmé l’enseignant suppléant, 29 ans. «Je ne truffe pas mes numéros de longs discours sur le curling – chose surprenante, les gens ne sont pas tellement fanas d’écouter une trentaine de minutes sur le curling. Mais j’ai une blague où le curling figure, et c’est toujours bien reçu, et il ne faut pas forcément s’y connaître en curling pour voir l’humour.»

Il faut absolument que les blagues soient amusantes pour être retenues dans le numéro de Cullen à Montréal : il aura seulement sept minutes sur scène dans le cadre de la compétition Just For Laughs Homegrown Comics — spectacle très prisé, accessible que sur invitation, animé par Shaun Majumder (le même type qui a fait sensation dans le rôle de son alter-ego Raj Binder aux Essais canadiens de curling 2005 Tim Hortons Roar of the Rings).

Même face au haut niveau de stress qui découle inévitablement d’un spectacle de cette envergure, Cullen jubile à l’idée d’y jouer un rôle; en effet, c’est un rêve devenu réalité pour le comédien, qui n’a que cinq années d’expérience sur le circuit de comédie.

En tant qu’enseignant, il disposait de quelques semaines libres en été, donc en 2010, il a décidé d’inscrire ses pensées comiques et ses blagues, inspiré par son oncle (et l’un de ses grands héros dans la comédie), le comédien torontois Chris Quigley.

«Je mijotais toujours des blagues, chez moi devant la télé, au volant, mais je ne les inscrivais jamais,» a dit Cullen. «Et puis, pouf, l’idée disparaissait. Donc cet été-là, peut-être je m’ennuyais, peut-être j’y réfléchissais un peu plus, et je me suis mis à inscrire les blagues, et quand j’ai commencé la chose, c’était un effet boule de neige. Je me plaisais beaucoup à l’écriture. La plupart de ce que j’ai écrit était complètement nulle, mais soudainement j’avais une dizaine de pages de blagues ou d’idées de blagues.»

Ces concepts ont été triés, raffinés et édités pour composer un numéro de cinq minutes, et au mois d’août de cette année-là, il a fait son début sur la scène dans un club de comédie à Vancouver.

S’étant préparé à entendre des huées, à sa grande surprise il a entendu des rires — assez enthousiastes pour le pousser à continuer à poursuivre son rêve, et bientôt il est devenu accro des rires; il se délectait à amuser les gens.

«Un comédien m’a dit qu’à la première fois où vous faites rire les spectateurs, vous passerez le reste de votre vie à chasser le rire, l’euphorie d’amuser les spectateurs,» a indiqué Cullen. «C’est tout à fait pareil à ce qu’un toxicomane dirait à propos de l’héroïne, mais c’est un frisson incroyable. Si tout le monde dans une salle boit chacune de vos paroles? C’est un plaisir extraordinaire.»

Pour la plupart, les blagues de Cullen évitent les jurons – il y en a de quelques-uns, mais ils sont remarquablement rares — et ce sont surtout des observations plutôt que des remarques succinctes et désinvoltes.

Il s’est perfectionné en comédie tout en poursuivant une carrière de curling compétitif dans la Colombie-Britannique, où il a participé à six championnats provinciaux, raflant une médaille de bronze en 2011 et une médaille d’argent la saison dernière après que Jim Cotter a réussi un placement dans le cercle des huit pieds en bout supplémentaire pour l’emporter sur Joanisse, le troisième Paul Cseke, le deuxième Jay Wakefield, et Cullen.

John Cullen, un membre de l'équipe de Dean Joanisse, a perdu en finale de la saison dernière les hommes Colombie-Britannique. (Photo, gracieuseté Curl BC)

John Cullen, un membre de l’équipe de Dean Joanisse, a perdu en finale de la saison dernière les hommes Colombie-Britannique. (Photo, gracieuseté Curl BC)

Tout en étant comédien hors glace, Cullen écarte cet aspect de sa personnalité quand il est sur la piste de curling, surtout face à ses adversaires. En compagnie de ses coéquipiers, il offre parfois des plaisanteries, mais il fait très attention à l’humeur du groupe avant de se lancer dans l’humour. Et devant les foules ? Cullen aime rigoler entre coups.

«Si jamais nous nous qualifions au Brier, j’aurais hâte de jouer sur les pistes aux extrémités de l’aréna, pour profiter de l’interaction avec les spectateurs,» dit-il.

En fait, il y a deux rêves de comédien qui se réalisent pour Cullen cet été. Après sa soirée à Juste pour rire, il aura sa première tête d’affiche au fameux club Yuk-Yuk’s, les 21 et 22 août à Vancouver — presque exactement cinq années après son début sur la scène.

Et le rêve de curling? Bon, ça reste à réaliser. Autant qu’il s’exalte à la perspective de passer sur la scène à Montréal, Cullen admet que le Purple Heart du Tim Hortons est toujours le prix le plus convoité.

«Bon, le rêve d’un Purple Heart existe depuis plus longtemps, et le curling m’a boudé bien plus que les spectateurs aux circuits de comédie, donc je dirais que le Purple Heart me tiendrait plus à cœur,» a-t-il dit. «Le curling — c’est un sport vraiment dur. Il est dur de devenir excellent, et les revers sont abattants. Les défaites majeures dans le curling sont misérables. Minables. Et c’est plus ou moins tout ce que j’ai connu tout au long de ma carrière. Dean a concouru deux fois au Brier; il a remporté le titre canadien junior. Paul et Jay ont participé au championnat national junior. Je n’ai pas de grands titres à mon compte, aucun. L’invitation à participer à Juste pour rire était formidable, mais la comédie me fait toujours plaisir, et il s’agit de redoubler le plaisir, somme toute. Si je mettais la main sur un Purple Heart, ce serait une belle récompense pour les innombrables voyages de retour misérables que j’ai faits après encore une autre défaite retentissante.»