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Coup de folie avec Casey Scheidegger

Cette semaine, John jase avec Casey Scheidegger, qui vient de vivre dix-huit mois remarquables au Circuit mondial de curling. Dans la foulée d’une saison 2016-17 où elle a remporté le premier Grand Chelem auquel elle s’est jamais qualifiée, ainsi que d’autres victoires importantes, Scheidegger s’est value une qualification directe aux Essais olympiques de cette année, où elle a terminé en ex-aequo pour cinquième place au classement final. Après cet effort, elle a remporté son premier titre provincial au tournoi Scotties de l’Alberta, où elle a prévalu sur Shannon Kleibrink à la finale, en manche supplémentaire, se payant du coup le droit d’enfiler le bleu et le jaune de sa province à Penticton.

Casey Scheidegger (Curling Canada/Michael Burns photo)

Bienvenue à Coup de folie, une série de Curling Canada où le comédien John Cullen s’entretient avec vos joueurs et joueuses favoris en vue d’amorcer une discussion où tous les coups sont permis. Chaque entretien consiste en huit questions, dont cinq questions régulières posées à chaque joueur ou joueuse, deux questions qui portent spécifiquement sur la personne interviewée, et une question qui aura été proposée par la personne interviewée précédemment.

1. Quel a été le meilleur coup auquel tu aies jamais participé?

Casey Scheidegger: Probablement le tir qui nous a remporté le titre provincial. Nous étions en manche supplémentaire, et nous avons volé la victoire, donc à vrai dire le tir ne nous a pas gagné le titre provincial, mais il nous a très bien positionnées tout de même. Nous avons attiré doucement une de nos pierres sur le bouton, et les angles ont été parfaits, en ce sens que ce serait très difficile de déloger notre marqueur.

John Cullen: Tu le trouves bizarre de gagner en vertu d’un vol? C’est ta première participation au Scotties, et je suis sûr que tu tenais à sauter de joie, mais en même temps il faut tenir compte du fait que ton adversaire vient justement de rater son coup. C’est un peu maladroit.

CS: Certainement, c’est une drôle de situation. L’autre grand moment a probablement été notre victoire au Canadian Open l’an dernier, et là encore, nous avons volé la victoire. Celle-là a été encore plus gênante, puisqu’elle (Silvana Tirinzoni) a raté un placement très simple, au cercle des quatre pieds. Donc on se sent encore plus navré, puisque j’ai dirigé une équipe pendant un bon bout de temps, et j’ai perdu ma part de matchs de cette façon – c’est naze. À ce match-là, je me sentais moins triste, cependant. Cela avait été une bataille depuis le début, et nous avions accordé un vol en huitième manche pour afficher un déficit d’un point en dernière manche, donc c’est le principe de l’arroseur arrosé, quoi. J’ai tout de même attendu la poignée de main avant de me lancer aux célébrations.

2. Si on façonnait une figurine à ton image, quel accessoire (et je ne parle pas du curling) la complèterait?

CS: Ça devrait être un accessoire d’enseignante. Peut-être un crayon bien taillé. Attends – c’est trop intello? [rire]

JC: Oui. [rire] Je plaisante – je suis enseignant moi aussi, donc je te comprends complètement. Je suis tout de même surpris que tu utilises encore un crayon.

CS: Ah, oui. Peut-être un stylo à l’encre rouge? C’est ce qu’il me faut.

JC: Mais ça te donne l’air très sévère, non? «La figurine de Casey Scheidegger se complète d’un stylo rouge pour corriger les épreuves! Juste comme elle, tu peux flanquer des «F» aux élèves!» [rire]

CS: Oui, effectivement, ça me donne un air de vieille institutrice. Mais je ne suis pas sévère pour les notes. Donc sachez que si vous achetez cette fameuse figurine, Mme Scheidegger est très gentille. [rire]

3. Imagine que tu vas braquer une banque : quels deux joueurs ou joueuses – et tu ne peux pas nommer plus d’une de tes coéquipières— choisirais-tu pour ton gang, et quel rôle jouerais-tu?

CS: Bon, j’ai lu tes autres entretiens, et je suis complètement d’accord avec les personnes qui m’ont précédée en ce sens que je ne voudrais pas en aucun cas participer au crime en soi. J’accepte volontiers de conduire la voiture, et je ferais semblant alors d’ignorer tous les détails. «Désolée, Monsieur l’agent, je n’avais aucune idée que ces personnes ont commis un crime avant de monter dans l’auto.» [rire]

JC: Bon, dans ce monde hypothétique que j’ai créé, où tu es criminelle …

CS: Ouais, je sais que c’est juste pour rigoler, mais de l’autre côté ça me semble tellement terrible que je ne veux même pas rigoler. [rire] Mais en supposant que nous faisions la belle, je choisirai Brad Gushue, puisque c’est probablement le joueur le plus célèbre, et il pouvait distraire tout le monde dans la banque, et puis Denni Neufeld serait l’autre complice. C’est un costaud, comme la plupart des premiers, et il sait probablement courir vite. Est-ce que c’est dingue comme raisonnement? [rire] J’ai le sens qu’il saurait faire le travail de manière très efficace, prendre l’argent et partir en trombe.

Braquer une banque en compagnie de Denni Neufeld et Brad Gushue? Pas de problème, dit Casey Scheidegger. Brad va distraire tout le monde, et Denni prendra l’argent et partira en trombe (Curling Canada/Michael Burns photo)

JC: Tu sais, je me demandais si tu allais nommer certaines de tes coéquipières, puisque tu as admis que tu cherchais à les piéger.

CS: Et c’est pourquoi je n’ai pas choisi mes coéquipières. Elles ne peuvent pas être envoyées en prison; j’ai besoin d’elles. Et oui, je vais à cent pour cent impliquer Brad et Denni et les laisser endosser toute la responsabilité. Je ne suis qu’une pauvre passante qui garait sa voiture près de la banque à l’heure du crime. [rire]

4. De tous tes boulots, lequel a été le pire?

CS: Honnêtement, je n’ai jamais eu de mauvais boulot, mais je dirais probablement que mon premier emploi a été le pire. J’étais femme de ménage et je nettoyais les chambres d’hôtel. Ce n’est pas le meilleur travail au monde mais ce n’était pas horrible. J’avais 15 ans et je n’avais pas d’habiletés, donc les choix étaient limités. En plus, j’ai un penchant pour ranger les choses.

JC: [rire] «un penchant pour ranger les choses», ça ne t’aide pas vraiment à te défaire de l’image d’intello. J’ai le sens que nettoyer les chambres d’hôtel, c’est bien plus naze que tu ne le prétendes.

CS: Je plaide coupable – j’aime ranger les choses, que puis-je dire? [rire] Certainement, cela est devenu assez répétitif, et les histoires que tu entends de l’état des chambres après une soirée, elles sont toutes vraies. Heureusement je n’ai jamais trouvé de drogues, mais beaucoup d’alcool et…d’autres choses que tu ne peux probablement pas mentionner dans un article. Mais si tu sais l’imaginer, cela s’est probablement passé. [rire]

5. Te souviens-tu d’une notion ridicule à laquelle tu as cru pendant bien trop longtemps?

CS: Je me suis creusé la tête pour cette question, et en fin de compte j’ai demandé à mes proches, et apparemment j’ai cru au Père Noël pendant plus longtemps que la normale. Cependant je ne pense pas que ce soit le cas. Je pense plutôt que je suis une sœur extraordinaire, et c’était pour ma petite sœur Jessie que je n’ai pas cessé le petit jeu. Elle est chanceuse de m’avoir comme grande sœur. [rire]

JC: [rire] En effet. Donc tu ne crois pas que tu aies cru au Père Noël plus longtemps que l’enfant moyen?

CS: À vrai dire, je ne me souviens pas d’avoir cru trop longtemps, mais ma famille a affirmé que c’était le cas, donc qui sait. Je me considère normale. [rire]

6. Passons maintenant aux questions qui portent spécifiquement sur Casey Scheidegger. Il faut l’avouer; tu es quelqu’un d’impénétrable, et les infos à ton titre sont rares. J’ai demandé à tes anciennes coéquipières, à tes proches, et la seule chose que j’entends, c’est «Casey est vraiment sympa!»

CS: Vraiment, on a dit ça? C’est vraiment très gentil. Je suis contente qu’on me voie comme ça.

JC: Tout à fait. Mais en parlant de ta sœur, comment est l’expérience de faire équipe avec elle? Il y a quelques frères et sœurs sur le circuit, et certains jouent sur des équipes différentes. Quels sont les meilleurs aspects et les pires aspects de jouer avec ta sœur?

CS: La meilleure chose est que nous pouvons être très franches et honnêtes l’une avec l’autre. Nous avons le genre de rapport où nous pouvons parler de tout, et nous surmontons vite fait les écueils. C’est un des facteurs qui nous a permis de jouer ensemble pendant si longtemps. Et le pire, c’est…c’est probablement le fait que nous nous permettons une telle franchise. [rire]

Casey Scheidegger, Cary-Anne McTaggart, Jessie Scheidegger, Kristie Moore
(Curling Canada/Michael Burns photo)

JC: [rire] Justement, j’allais dire, lorsque tu parlais de cette honnêteté comme la meilleure chose, j’avais le sens que ça pourrait également être la pire. Vous vous êtes bagarrées sur la piste? Je connais quelques paires de frères et sœurs qui se sont battus bec et ongles.

CS: Bon, une autre des meilleures choses, c’est qu’elle se surpasse dans son poste de deuxième. Je pense par contre que si nous étions capitaine et vice-capitaine, nous nous serions tuées il y a longtemps. Je me souviens que nous avons fait une Super Ligue ensemble à Lethbridge –donc quelque chose de pas trop sérieux tout de même – et c’était une très mauvaise idée. Désastre total. Et heureusement nous sommes conscientes de ce danger. Cela dit, au niveau junior, nous nous sommes lancé des jurons à plusieurs reprises. Je ne dispute pas cela. Mais globalement, jouer ensemble a été une belle expérience.

7. Je ne peux pas me passer de remarquer sur ta glissade. C’est un drôle de mouvement. Comment est-ce que tu as adopté cette technique?

CS: [rire] Oui, j’admets que c’est drôle. Malheureusement je n’ai pas d’explication intéressante, sauf que cela m’est arrivé tout naturellement. Quand nous étions jeunes, mon père nous emmenait jouer au curling, et pour moi, cette glissade «spéciale» me semblait la plus naturelle. BEAUCOUP de personnes ont essayé de me mettre sur la bonne voie pour ainsi dire, mais c’est un truc dont je ne sais pas me débarrasser. À chaque fois où je quitte le bloc de départ, c’est où mon pied veut aller. Je sais que c’est loin d’être normal, mais ça marche pour moi.

JC: Je te comprends. C’était pareil pour moi. Quand j’étais jeune, j’ai commencé par adopter une posture très repliée quand je lançais, mais les entraîneurs se sont donné pour mission de me faire perdre cette mauvaise habitude. Tu es plus forte que moi, quoi.

CS: J’ai essayé de mettre le pied à plat et franchement ça me fait mal. Je connais pas mal de personnes qui disent qu’elles essaient une position repliée mais ça leur fait mal au genou, mais essentiellement c’est l’envers dans mon cas. J’ai essayé la glissade dite conventionnelle, et peut-être ma hanche n’est pas suffisamment flexible, mais c’est vraiment un désastre si je glisse comme ça Je suis contente que j’aie tenu tête.

Casey Scheidegger et sa drôle de glissade : «Simplement dit, c’est où mon pied veut aller.»(Curling Canada/Michael Burns photo)

8. Bon, la dernière question nous arrive de Brendan Bottcher, et comme tu le sais, Brendan est un type assez réfléchi, donc sa question est un peu plus sérieuse que celles que j’entends normalement dans ce contexte. Il dit qu’il s’intéresse à entendre ta réponse à cette question, qi est vraiment excellente, donc allons droit au but. Il demande «Le fait d’avoir une première qui joue un rôle de premier plan dans le cadre de la stratégie et l’expérience devrait être assez difficile, mais en même temps c’est très avantageux. Comment tu te fais pour gérer ça?»

CS: Wow, effectivement, c’est une question sérieuse. Bon, en premier lieu je suis entièrement en accord avec Brendan : c’est très avantageux. Kristie (Moore) a l’expérience de faire partie d’une équipe olympique, de plusieurs équipes championnes, et elle a donc une sorte de force tranquille qui est un grand facteur de stabilité pour notre équipe. C’est quelqu’un à qui je me fie aux matchs très importantes, comme par exemple la finale provinciale, pour valider mes choix, et ça me rend la vie d’autant plus facile dans mon rôle de skip.

JC: J’essaie moi aussi de valider les actions de mon skip, mais normalement il me répond qu’il le sait bien, merci, puisqu’il est un joueur bien plus accompli que moi. [rire]

CS: [rire] Ah oui, évidemment, tu es premier toi aussi! Je pense que c’est un exercice d’équilibre, et dans le passé, j’ai certainement eu moins de conseils de ma première en ce qui a trait aux questions de stratégie. Ce n’est pas que j’aie joué avec des personnes qui n’ont rien d’utile à contribuer, mais c’est plutôt le fait que trop de cuisiniers gâchent la sauce. Pour répondre à la question de Brendan à propos de la stratégie, je n’ai pas trouvé les conseils de Kristie difficiles à supporter, puisqu’elle sait quand il faut m’interpeler et quand me laisser faire. Je ne me suis jamais surprise à me dire, «ben, bon tu veux te taire enfin.» [rire] Elle a un don pour savoir exactement quand je veux ses conseils, et cela a été vraiment excellent pour notre équipe.

Kristie Moore (Curling Canada/Michael Burns photo)

JC: Bon, c’est formidable! Merci Casey. Pour poursuivre la tradition, je vais m’entretenir avec les skips des équipes canadiennes juniors, et puisque la Colombie-Britannique a encore une fois remporté la victoire au championnat national, cette année je vais jaser avec le troisième sur Équipe C.-B. (et maintenant Équipe Canada), Sterling Middleton. Aurais-tu une question que je pourrais lui poser?

CS: Bon, je ne suis pas forte à ce genre de truc, mais j’ai sondé mes élèves et ensemble nous avons formulé une bonne. Demande-lui s’il allait aux Jeux Olympiques pour un sport autre que le curling, lequel serait-ce, et pourquoi?

JC: Aaaaah j’aime ça! Une excellente question, qui tombe à pic. Grand merci Casey, d’avoir pris le temps de jaser, et bonne chance à ton premier Tournoi Scotties!

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