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Le changement profite aux clubs de curling

L’industrie du curling traverse une époque de changement et d’adaptation, que l’on peut résumer en deux mots : bière artisanale.

Participants au symposium Le curling, nos affaires 2019 à Canmore, en Alberta. (Photo, Curling Canada)

Pardon? Ne parlez-vous pas plutôt d’une «brosse conforme», d’un «lancer-déplacer» ou de la «règle des cinq pierres (aidez-nous un peu)?

Ces termes s’appliquent sur la glace, certes, mais ce sont les changements à l’extérieur de la glace qui font toute la différence entre connaître du succès et en arracher pour les clubs de curling au Canada.

Cette volonté d’accepter le changement, et de trouver de nouvelles façons de faire des affaires, était un thème récurrent du symposium Le curling, nos affaires, de Curling Canada, le week-end dernier à Canmore, en Alberta, auquel ont participé des gérants de club, des membres de conseils d’administration et des gestionnaires de partout au Canada.

Des conférenciers impliqués dans tous les niveaux du business du curling – et d’autres sans aucun lien – ont exposé des idées et de nouvelles approches couvrant un vaste éventail de sujets, dont la commandite, l’implication des bénévoles, la gestion de risque et l’offre alimentaire et de breuvages.

Jamie Bourassa, technicien sur la glace, à gauche, discute des nuances de texture. (Photo, Curling Canada)

Même la bière artisanale a été un des sujets chauds, alors que de plus en plus de clubs de curling au Canada cherchent des façons non seulement de fidéliser leur clientèle, mais aussi de l’élargir. Comme l’a indiqué un gérant de club : «S’ils ne boivent pas dans votre établissement, ils vont trouver un autre endroit pour le faire.»

«Les gens doivent comprendre qu’il faut pouvoir reconnaître et accepter le changement pour aller de l’avant», estime Jack Inouye, qui gère le dynamique York Curling Club à Newmarket, en Ontario. «Vous ne pouvez pas faire les choses toujours comme avant, parce que rien ne va changer. Faites des changements, convainquez les gens d’y adhérer, et allez de l’avant.»

«Le secret», ajoute Jeff Hodge, gérant du Fort Rouge Curling Club, à Winnipeg, «c’est de leur proposer un ensemble de services, pas juste une soirée de curling. Tout le reste aussi. Nous avons complètement remodelé notre bar, et maintenant, il rivalise avec n’importe quel bar en ville. Pas juste les bars de clubs de curling, tous les bars. C’est un endroit agréable à fréquenter. Nous écoutons nos clients, et leurs suggestions.»

Le club de Hodge propose une rotation régulière de bières artisanales et ses clients – dont plusieurs ont grandi dans des clubs qui n’offraient pas d’autre choix que les classiques «Blue» ou «Canadian» – apprécient.

Mais les clubs savent très bien que l’attitude des Canadiens envers la consommation d’alcool a évolué de façon dramatique, de sorte que les bars ont dû évoluer eux aussi.

Ça passe notamment par une amélioration de l’offre alimentaire (des tartines à l’avocat bientôt offertes dans une cafétéria de curling près de chez vous!).

Autrement dit, les clubs de curling prospères au Canada ne vendent plus juste du curling.

Steve Indig du Sport Law & Strategy Group a présenté une session sur la gestion des risques. (Photo, Curling Canada)

«Nous avons changé notre programmation pour s’adapter aux statistiques démographiques dans notre secteur; nous avons tenté de vendre plus que du curling, mais aussi une expérience sociale globale», explique Chris McTavish, gérant du Shamrock Curling Club à Edmonton, un club menacé de fermeture, voilà sept ans, et dont les ligues sont maintenant complètes à tous les soirs, avec une liste d’attente. «De la bonne nourriture, de la boisson de qualité, une ambiance accueillante et amicale. Nous avons constaté que plusieurs personnes venaient au club à la recherche d’une expérience globale, pas juste pour le curling. Nous proposons des parties plus courtes – on ne voulait pas vendre deux heures de froid sur la glace. Des parties plus courtes, donc, de la nourriture de qualité, des bières artisanales, et une ambiance accueillante, de sorte que les gens ont l’impression de vivre quelque chose de spécial.»

Les parties plus courtes sont un concept qui peut surprendre les gestionnaires de longue date, certes, mais McTavish estime que le risque en valait la peine, d’autant plus que ça rapporte assez pour que ses homologues s’y intéressent eux aussi, et que la tendance s’étende ailleurs. Des parties plus courtes incitent à passer plus de temps du côté confortable de la vitre – en autant que vous proposiez des produits qui vont séduire les membres et les inciter à rester au club après leurs matchs.

«Dans le curling de nos jours, il faut pouvoir s’adapter, reprend Hodge. Si vous continuez à appliquer les mêmes recettes qu’avant, vous allez vous faire distancer. Nous avons vu des clubs qui ont agi comme ça en ville, et nous en avons perdu plusieurs au fil des années. Les clubs progressifs, qui pensent différemment, les clubs qui trouvent de nouvelles idées et ont le courage de les mettre en application, ces clubs-là ont du succès. Vous devez essayer de nouvelles choses; même si ça ne fonctionne pas toujours, ça vous permettra d’apprendre.»

Inouye et le club de York vont innover pour la prochaine saison en offrant une saison raccourcie flexible, dans laquelle les curleurs ne vont jouer que cinq fois par année; ils pourront choisir leurs cinq soirs parmi un choix de dix dates.

«On espère que ça permettra d’attirer des jeunes à cinq reprises durant l’année, leur permettre de découvrir le club et de s’y sentir confortables; peut-être que, l’an prochain, ils viendront jouer une fois par semaine, explique Inouye. C’est un essai; si ça marche, tant mieux. Sinon? Ça ne représente pas un gros investissement pour nous, mais ça fait partie du changement. Faites un changement, constatez les résultats et ajustez-vous en conséquence. N’ayez pas peur d’essayer.»

Cette approche sonne bien aux oreilles de la double championne du Tournoi des Coeurs Scotties, Heather Nedohin qui, en quelques saisons seulement à titre de gérante, a transformé le Sherwood Park Curling Club pour en faire un des clubs les plus avant-gardistes au pays; elle a d’ailleurs été récompensée, plus tôt ce mois-ci, alors que Curling Alberta a choisi Sherwood Park comme Club de l’année pour 2018-2019.

De gauche à droite, Heather Nedohin (club de curling de Sherwood Park), Kelsey Rocque (Saville Community Sports Centre) et Cara Richards (club de curling de Sherwood Park). (Photo, Curling Canada)

«Le curling évolue; toutes les associations sportives évoluent. Je pense que c’est bon d’amener de la nouveauté, explique Nedohin. Si ça ne fonctionne pas tout de suite, laissez-lui le temps. Ça nous a pris cinq ans pour finalement remplir notre ligue de double mixte. Tout le monde n’a pas accroché tout de suite. Et maintenant, les triples sont peut-être la prochaine évolution de notre sport. Si vous êtes créatifs, positifs et enthousiastes, pourquoi ne pas essayer?»

De petites choses peuvent faire une différence, comme un tirage en début de saison pour les meilleures places de stationnement au club, qui peut aussi générer des revenus.

De plus, les clubs peuvent utiliser leur espace durant l’été pour générer des revenus; le Kelowna Curling Club, au cœur de la région de l’Okanagan en Colombie-Britannique, fourmille d’activités durant l’été; le club a même un site Web (curlandia.ca) consacré à son offre estivale.

Mais une approche globale – comme planifier les changements d’équipement ou de technologie et développer de nouvelles sources de revenus (associer le nom du club à un commanditaire est de plus en plus populaire) – sont les clés du succès, tout comme être conscients des besoins des consommateurs, et surmonter la peur de prendre des risques.

«C’est la clé, assure Hodge. Écoutez vos clients et adaptez vos produits en fonction de ce qu’ils recherchent. Les attentes ont changé, et il faut s’adapter.»=

«Nous avons fait beaucoup d’erreurs au fil des années, ajoute McTavish. Beaucoup. Mais nous avons appris de ces erreurs et nous allons de l’avant. Vous ne devez avoir peur de faire des erreurs.»

Chose certaine, les clubs de curling au Canada ne manquent pas d’occasions commerciales pour assurer leur croissance. Des données recueillies à l’échelle nationale par la firme de recherche Vividata montrent une croissance régulière du niveau de participation au curling au cours des quatre dernières saisons (1,512,000 Canadiens de 14 ans et plus ont joué au curling au moins une fois en 2015; ce nombre a augmenté à 1,986,000 pour la première moitié de 2019). Et alors que plusieurs évoquent le vieillissement de la clientèle, le fait est que les jeunes jouent aussi au curling, et qu’ils ont du plaisir, sur et à l’extérieur de la glace.

«Si certains pensent que le curling se meure, ils devraient venir au Shamrock Curling Club, suggère McTavish. À chaque soir de semaine, l’âge moyen se situe autour de la mi-trentaine, et ils ont du plaisir. Nous avons une liste d’attente parce que nous n’avons pas assez de jours ou de glaces pour répondre à la demande. La demande existe pour les clubs; il suffit de trouver le bon moyen d’y répondre.»