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Homan contre Jacobs : transformer une confrontation mixte de haut niveau en une victoire pour les clubs locaux

L’hiver dernier, alors qu’ils étaient réunis chez un ami, Doug Flowers et Dave Middleton ont commencé à discuter de la façon d’aider les clubs de curling près de leur ville, Port Elgin, en Ontario. Pendant des années, Middleton et Flowers, l’ancien président aujourd’hui retraité de Goldline Curling, avaient sillonné la région avec une ligue masculine itinérante; ils avaient constaté à quel point les installations peinaient à joindre les deux bouts.

« Quel que soit le club où nous allions, il y avait toujours un besoin quelconque », a déclaré Flowers lors d’une conversation téléphonique plus tôt cet été. « Ils vendaient des hot-dogs ou organisaient des tirages moitié-moitié pour tenter de récolter des fonds pour un nouveau déshumidificateur, une nouvelle toiture ou la rénovation de leur cuisine. Il semble y avoir des besoins en infrastructures partout. »

En réfléchissant à ce problème, Flowers et Middleton ont eu une idée. Ils s’y connaissaient dans l’organisation d’événements de grande envergure – ils avaient contribué à l’organisation du « Ontario Tankard », le championnat masculin de l’Ontario, à Port Elgin en 2022 et 2023 – et, dernièrement, ils avaient soif de relever un nouveau défi. Et s’ils parvenaient à convaincre deux des meilleures équipes de curling du Canada – une équipe masculine et une équipe féminine – de s’affronter lors d’une activité de financement exceptionnelle?

C’est ainsi qu’est né « The Battle ». L’événement, qui débutera le 25 septembre 2026, réunira les équipes Rachel Homan et Brad Jacobs à l’aréna The Plex de Port Elgin pour trois jours de curling, de développement communautaire et de divertissement hors glace, le tout afin de récolter des fonds pour pas moins de 16 clubs régionaux.

Il s’agit d’un événement unique, marqué par trois affrontements distincts entre les équipes Homan et Jacobs. Le 25 septembre, les grandes vedettes croiseront le fer dans le cadre de deux matchs de double mixte. Le 26 septembre, elles s’affronteront lors d’un match par bout, ou « skins ». Puis, le 27 septembre, elles clôtureront la fin de semaine avec un match régulier de huit bouts, diffusé en ligne pour les amateurs du monde entier.

Outre ces matchs phares, le week-end comprendra un camp de curling pour adultes animé par l’entraîneur chevronné Maurice Wilson, au cours duquel jusqu’à 80 participants perfectionneront leurs habiletés sous la supervision des membres des équipes Homan et Jacobs. Des activités sociales et une vente aux enchères de chandails sont également prévues.

C’était une idée ambitieuse, Flowers et Middleton le savaient. Pour organiser « The Battle », il leur faudrait un soutien important de la part de commanditaires et une centaine de bénévoles. Mais après leurs récents succès lors des championnats provinciaux masculin et féminin, le duo savait qu’il pouvait compter sur le soutien local : « Lorsque nous avons organisé les championnats masculins ici, beaucoup ont dit qu’ils étaient les meilleurs de tous les temps », a déclaré Flowers. « Dans notre région, nous sommes réputés pour avoir des gens prêts à s’impliquer. »

Ils se sont néanmoins préparés à relever un défi de taille. Le premier obstacle a été de convaincre les équipes de s’engager. Finalement, ils l’ont surmonté haut la main : Homan et Jacobs ont rapidement adhéré à l’idée. (Les équipes seront rémunérées, notamment par un don à l’association caritative de leur choix.) Pour l’équipe Homan, c’est non seulement une excellente façon de contribuer à la communauté locale, mais aussi une occasion de nouer des liens avec les partisans, ce que leurs événements de haut niveau ne permettent pas toujours.

Pour l’équipe Homan, c’est non seulement une excellente façon de contribuer à la communauté locale, mais aussi une occasion de nouer des liens avec les partisans, ce que leurs événements de haut niveau ne permettent pas toujours. (Photo, Curling Canada/Andrew Klaver)

« Quatre-vingt-dix pour cent de nos matchs sont télévisés, et notre priorité est de trouver le moyen de réussir le prochain lancer et de faire notre travail », explique Emma Miskew, deuxième de l’équipe Homan. « Nous avons souvent l’impression, surtout en tant que femmes, d’être incomprises… alors pouvoir profiter d’une ambiance plus détendue, nous amuser, mais aussi nous intégrer à la communauté et mettre en valeur nos personnalités et qui nous sommes vraiment est quelque chose que nous voulons toujours prendre le temps de faire. »

L’étape suivante a consisté à travailler étroitement avec la communauté locale. Là aussi, tout s’est déroulé sans problème : les organisateurs s’attendaient à ce que « The Battle » attire environ 1 000 visiteurs et génère 900 000 $ de retombées économiques pour la région. La ville de Saugeen Shores était heureuse de soutenir l’initiative en proposant un tarif réduit pour l’aréna, et certaines entreprises locales se sont empressées de devenir commanditaires.

« Quand nous avons conçu ce projet, nous nous sommes dit : « Wow, est-ce que ça va dérailler à un certain moment? » », se souvient Flowers. « Mais à chaque fois que nous arrivons à un tournant, tout semble se mettre en place. Nous sommes sur la bonne voie en ce moment. »

Ces progrès font le bonheur de Bobby Ray. En tant que directeur du développement des clubs et des services aux membres de Curling Canada, Ray – lui-même ancien gérant du Club de curling Granite de North Bay – est souvent à la recherche de moyens novateurs pour les clubs de recueillir des fonds.

Le besoin est urgent. Partout au pays, les installations vieillissantes sont confrontées à des coûts exorbitants, notamment pour remplacer les équipements ou effectuer des réparations majeures. Parallèlement, dans de nombreuses collectivités, les anciennes sources de revenus s’épuisent : « Nous sommes en compétition pour attirer l’attention du public, qui est très éparpillée de nos jours », a déclaré Ray.

En d’autres termes, attirer de nouveaux donateurs nécessite, de plus en plus, de sortir des sentiers battus. Certains clubs ont commencé à offrir des droits de dénomination pour leurs installations. D’autres ont lancé des collectes de fonds classiques, comme des tirages moitié-moitié, en ligne. Cet été, Ray a été ravi de voir certains clubs organiser des événements hors saison pour leurs membres, notamment des parties de golf, des barbecues et une journée à la plage – des événements qui renforcent le statut du club en tant que lieu de rencontre sociale.

« Nous disons que la communauté est notre superpuissance au curling », a déclaré Ray. « Nous avons un public diversifié, car c’est un sport qu’on peut commencer à pratiquer dès l’âge de huit ans, voire plus jeune, et certains de nos membres débutent à peine lorsqu’ils prennent leur retraite. On peut y entrer et en sortir à tout moment de sa vie. Cela crée donc une communauté vraiment spéciale, intergénérationnelle, et attire un public très diversifié. »

Cependant, même dans ce milieu axé sur la communauté, « The Battle » se distingue par sa vision unique. Ce sera un véritable plaisir de voir deux des meilleures équipes du monde s’affronter à Port Elgin. Si l’événement permet de récolter les 100 000 $ ou plus escomptés pour les clubs locaux, ce sera une bénédiction. Mais son impact le plus durable pourrait résider dans la façon dont il offrira aux amateurs de curling de tout l’Ontario – et d’ailleurs – l’occasion de partager un week-end entier d’amour pour ce sport.

« Je trouve l’idée vraiment intéressante, car elle coche plus d’une case », a déclaré Ray. « Elle permet de recueillir des fonds pour une excellente cause. Mais elle soutient aussi certains de nos meilleurs curleurs qui ont leurs propres rêves et aspirations. À la fin de l’événement, ils auront non seulement généré plus d’argent pour le curling, mais… ils auront aussi rassemblé des communautés pour créer des liens autour de notre sport. »

Ce volet de développement communautaire est également essentiel pour les organisateurs de « The Battle » : Flowers estime que l’engouement suscité par l’événement pourrait attirer de nouveaux membres pour les clubs participants. Et si « The Battle »  remporte un franc succès, Flowers espère que cela inspirera les clubs de tout le Canada à créer leurs propres grands événements.

« J’aimerais beaucoup que cela devienne un modèle qui pourrait être utilisé partout au pays », déclare Flowers. « C’est beaucoup de travail, et cela dépend fortement d’un réseau de commanditaires très solidaires… mais j’espère que nous aurons ce genre d’impact positif partout dans le monde du curling. »

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