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Chapitre deux – Ce que nous ne devons jamais perdre

Par : Nolan Thiessen, Chief Executive Officer, Curling Canada

« La tradition n'est pas le culte des cendres, mais la préservation du feu. » — Citation souvent attribuée à Gustav Mahler

Si l’on observe attentivement notre sport, on y décèle la marque laissée par chaque génération qui nous a précédés. Certaines traces sont évidentes : le Brier, le tournoi Scotties, les champions, les bannières suspendues aux chevrons, ou encore ces clubs qui, après plus d’un siècle, sont toujours fièrement debout. 

D’autres, en revanche, sont presque invisibles. 

Les bénévoles qui, dans l’ombre, assurent le fonctionnement des clubs. Le technicien de glace qui voulait simplement offrir une surface de jeu de qualité. L’entraîneur qui a appris à des centaines d’enfants à glisser pour la première fois, sans jamais attirer l’attention. Les parents qui conduisent leurs enfants à un petit tournoi au cœur de l’hiver, bravant des routes périlleuses simplement parce que leur progéniture adore ce sport. Les membres du conseil d’administration qui ont passé des soirées à débattre de décisions cruciales pour permettre au club de survivre une saison de plus. 

Ce sont là les traditions, visibles et invisibles, qui sont au cœur du curling canadien. 

Lorsque nous évoquons l’avenir du curling canadien et les défis actuels, il est facile de se laisser accaparer par tout ce qui a évolué au fil des ans : nouvelles technologies, nouvelles attentes, nouvelle démographie et nouvelles façons de participer. Il faut certes affronter ces défis de front, mais avant de discuter de ce qui doit changer, nous nous devons de comprendre ce qui ne doit jamais changer. 

Car le plus grand risque pour le curling n’est pas d’évoluer. Le plus grand risque est de perdre, par inadvertance, les qualités mêmes qui ont fait naître l’amour de ce sport chez tant de gens : le fait de franchir le seuil d’un club, d’assister à un match ou de jouer avec leurs amis et leurs proches, et de s’y sentir chez soi. 

Chapitre deux

Ce que nous ne devons jamais perdre

L'âme du curling canadien

Est-ce une habitude que nous pouvons changer ou une tradition qui mérite d'être préservée?

Toutefois, en nous tournant vers l’avenir, nous devons veiller à ne pas confondre tradition et habitude. Ce sont deux choses bien distinctes. Les traditions perdurent parce qu’elles incarnent des valeurs durables, tandis que les habitudes subsistent simplement parce que « c’est ainsi qu’on a toujours fait ». 

L’une mérite d’être préservée, l’autre mérite un examen attentif. 

La poignée de main est une tradition. L’horaire des matchs sur papier épinglé au tableau d’affichage est une habitude pratique. 

Le bénévolat est une tradition. S’attendre à ce qu’un petit groupe de bénévoles assume la charge sans cesse croissante d’un système sportif relève de l’habitude. 

La communauté est une tradition. Exclure des personnes — que ce soit intentionnellement ou non — parce qu’elles ne correspondent pas à l’image traditionnelle du joueur de curling, c’est une habitude. 

Notre responsabilité ne consiste pas à défendre tout ce qui est ancien. Notre responsabilité est de comprendre pourquoi les choses ont été établies ainsi à l’origine et, si leur raison d’être sert encore l’avenir, de les préserver. Si la finalité a changé, nous devons avoir le courage de faire évoluer les choses. 

Ce n’est pas abandonner la tradition. C’est l’honorer. 

Le curling est une identité

Lorsqu’on demande ce qui distingue le curling, on évoque souvent la glace, la stratégie, les cris et le balayage. 

À mon avis, ce qui rend le curling extraordinaire est bien plus simple. 

Le curling a toujours été une affaire de communauté. Il a toujours constitué un lieu où chacun se sent à sa place. Que l’on arrive au club en tant que joueur de longue date ou que l’on foule la glace pour la toute première fois; que l’on joue chaque hiver depuis l’enfance ou que l’on reprenne après une interruption de 25 ans. Depuis des générations, les clubs de curling sont des lieux de rassemblement où naissent des amitiés, où les familles grandissent ensemble, où les bénévoles trouvent un sens à leur engagement et où les communautés se renforcent. 

Ainsi, l’avenir du curling canadien ne dépendra ni du nombre de clubs de curling que nous comptons, ni du nombre de médailles olympiques que nous remportons, ni du nombre de plans stratégiques que nous rédigeons. Il dépendra plutôt de savoir si les gens continueront de franchir le seuil des clubs de curling aux quatre coins de ce pays formidable en se disant : « Ici, j’ai ma place. » 

Si nous perdons ce sentiment, aucune stratégie ne pourra nous sauver. Depuis des générations, les Canadiens qui trouvent leur place parmi nous ne disent pas simplement « je joue au curling », mais bien « je suis un curleur ». Cette nuance peut sembler minime, mais elle témoigne d’une réalité bien plus profonde : pratiquer un sport relève de l’activité, alors qu’être curleur relève de l’identité. 

On ne se contente pas de pratiquer le curling; on en fait partie intégrante. C’est pourquoi l’avenir du curling canadien ne se résume pas à former davantage de joueurs ou à remporter plus de médailles : il s’agit avant tout d’amener plus de gens à devenir des curleurs. 

Car lorsqu’une personne affirme « je suis un curleur », elle ne décrit pas simplement une activité; elle exprime son sentiment d’appartenance. Et c’est là une chose qu’il ne faut jamais perdre. 

Réflexion

Avant de continuer, posez-vous les questions suivantes : 

  • Quelles traditions incarnent les valeurs du curling, et lesquelles ne font que refléter les usages d’une autre époque? 
  • Si un enfant franchissait pour la première fois le seuil de votre club demain, que retiendrait-il de cette expérience dans 10 ans? 
  • Quels aspects du curling méritent non seulement de perdurer, mais aussi de prospérer? 
  • Si l’on faisait abstraction de tous les trophées et championnats, qu’est-ce qui, dans le curling, mériterait encore d’être préservé?  

La communauté ne se définit pas par ce qu’elle bâtit pour elle-même, mais par ce qu’elle lègue à la prochaine génération. L’esprit de communauté est le superpouvoir et l’atout concurrentiel du curling; c’est une force que nous ne devons jamais perdre. 

Cela dit, les prochains chapitres nous mettront au défi de repenser notre conception de cette communauté.

Mais d’abord, le chapitre 3 abordera une vérité dérangeante que nous avons jusqu’ici éludée, mais qui pourrait bien freiner l’essor de notre communauté.

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