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Le Brier — Comment cela a-t-il commencé, et pourquoi?

Par Warren Hansen
Warren Hansen

(Aujourd’hui, nous lançons une série d’articles en amont de la 100e édition du Brier Montana’s, présenté par AGI, qui se tiendra du 26 février au 7 mars à Saskatoon. Warren Hansen, ancien champion du Brier et directeur des événements chez Curling Canada, nous fera découvrir l’histoire de cette compétition, considérée comme le championnat national de curling masculin le plus célèbre au monde. Aujourd’hui, il revient sur ses origines.)

L’histoire nous apprend qu’en hiver 1759, les membres du 78e régiment d’infanterie (Fraser Highlanders) ont retiré les moyeux métalliques de boulets de canon, y ont fixé des poignées et ont commencé à pratiquer le curling sur la rivière Saint-Charles, à Québec. Au fil des ans, ce sport s’est développé au Québec et s’est progressivement étendu à la majeure partie du Canada. Au début du XXe siècle, le curling était bien implanté dans la plupart des régions du pays.

On aurait pu croire qu’en 1924, le pays était prêt à instaurer un championnat canadien de curling masculin. Or, rien n’était plus éloigné de la réalité.

Un exemple des pierres de curling en fer utilisées en Ontario et au Québec. (Collection de Curling Canada)

D’un bout à l’autre du pays, la pratique du curling présentait des contrastes saisissants. Dans l’Ouest, ce sport avait été introduit par des colons écossais; en 1924, pratiquement chaque petite localité de l’Ouest canadien disposait d’une installation de curling comptant au moins deux pistes. Bien plus que de simples installations sportives, ces lieux constituaient, durant les mois d’hiver, de véritables plaques tournantes de vie sociale. Le curling était particulièrement prisé au sein des petites communautés agricoles, s’imposant comme un sport accessible à tous.

Le curling au Québec et en Ontario présentait des différences marquées. Ce sport se pratiquait essentiellement dans les grands centres urbains et était considéré comme une discipline élitiste, prisée par des sportifs plus âgés. Au Québec, on privilégiait encore les pierres de curling en fer — qui pesaient environ 20 livres de plus que celles en granit —, ces dernières étant alors perçues comme une sorte d’anomalie. Les joueurs de curling du Québec, tout comme ceux de l’Ontario dans une large mesure, considéraient l’Écosse comme la « Mecque » de leur discipline et suivaient les traditions du Royal Caledonian Curling Club (RCCC).

La manière de jouer différait également de façon considérable. Dans l’Ouest, le curling était plus agressif et plus ouvert, les coups visant à écarter les pierres adverses étant couramment employés. Dans l’Est, en grande partie en raison de l’utilisation de pierres en fer plus lourdes, le jeu consistait essentiellement en un concours de placements. Il était, en effet, beaucoup plus difficile de sortir une pierre en fer du jeu.

Il peut être difficile, aujourd’hui, de l’imaginer, mais la rivalité entre les pierres en fer et les pierres en granit a constitué le principal obstacle à la mise en place d’une compétition nationale de curling, telle que le Brier.

Le chemin vers un championnat national

Dès 1924, le « Manitoba Bonspiel » était devenu le tournoi de curling le plus important au Canada, attirant des équipes venues des quatre coins du pays. Bien que l’événement fût déjà d’envergure, ses organisateurs souhaitaient lui donner encore plus d’ampleur et se tournèrent vers Montréal, espérant y recruter des équipes supplémentaires.

George Cameron

George Cameron, membre du comité exécutif du « Manitoba Bonspiel » et président de la société W. L. MacKenzie and Company — représentante de la Macdonald Tobacco dans l’Ouest canadien —, se rendait régulièrement à Montréal. Il proposa à son comité de profiter de son prochain voyage pour solliciter des curleurs montréalais qui pratiquaient alors le sport avec des pierres en granit et voir s’ils seraient intéressés à se rendre dans l’Ouest pour participer au « Manitoba Bonspiel ».

Cameron ne parvint pas à attirer de nouvelles équipes à l’événement, mais il réussit tout de même à convaincre la Macdonald Tobacco de fournir un trophée pour le tournoi et d’offrir une récompense exceptionnelle : l’équipe gagnante se voyait offrir un voyage tous frais payés dans l’Est du Canada pour y disputer une série de matchs amicaux, les coûts étant intégralement pris en charge par la Macdonald Tobacco.

Une équipe dirigée par le capitaine Howard « Pappy » Wood remporta le titre et mérita ainsi le droit de se rendre dans l’Est, accompagnée d’un petit contingent d’officiels. La tournée dura deux semaines et mena le groupe dans six villes. En fin de compte, cette initiative contribua à renforcer les liens entre les curleurs de l’Est et ceux de l’Ouest. Autre retombée notable : la tournée permit de faire découvrir le curling pratiqué avec des pierres en granit à plusieurs joueurs québécois qui utilisaient, jusque-là, des pierres en fer.

En 1926, le « Manitoba Bonspiel » fut remporté par une autre équipe de Winnipeg, dirigée par le capitaine George Sherwood. Au cours de la deuxième tournée, des discussions sérieuses furent entamées en vue de la création d’un véritable championnat canadien.

Thomas Rennie

Une réunion particulièrement importante eut lieu à Toronto. Elle était présidée par Thomas Rennie, président de l’Ontario Curling Association et figure influente du milieu des affaires torontois. Ensemble, Cameron et Rennie élaborèrent un plan selon lequel Cameron devait solliciter la Macdonald Tobacco, en lui proposant d’étendre son soutien à un championnat national masculin.

La proposition fut bien accueillie par le bureau montréalais de la Macdonald Tobacco. Elle marqua le début de ce qui allait devenir une longue association entre le curling, la Macdonald Tobacco et le président de l’entreprise, Walter M. Stewart.

Stewart avait des idées bien arrêtées sur la structure de l’événement qui porterait le nom de la marque de tabac de son entreprise. La compétition devait être d’envergure nationale, avec pour objectif ultime d’attirer des joueurs des quatre coins du pays. Surtout, il tenait à ce que l’ambiance privilégie le plaisir, l’esprit sportif et une saine compétition.

Stewart n’a jamais assisté au Brier et ne souhaitait pas que l’entreprise considère son soutien à l’événement comme une commandite. Durant les 50 années où la Macdonald Tobacco a soutenu le Brier, l’entreprise n’a jamais inscrit sa contribution au budget sous la rubrique des dépenses publicitaires.

Néanmoins, l’événement a tiré son nom de l’une des marques de la Macdonald Tobacco, « BRIER », présentée comme étant le « cœur du tabac ». Nous aborderons ce point dans un prochain article, mais l’idée du cœur a fini par devenir un élément important de la symbolique du Brier. L’explication est simple : la marque Brier était promue comme étant le « cœur du tabac ».

Il est intéressant de noter que Stewart a choisi d’associer sa principale marque de tabac à pipe au championnat, malgré sa réticence à utiliser le Brier comme support publicitaire.

De même, une autre marque de la Macdonald Tobacco, « British Consols », a été associée aux championnats provinciaux, à une exception près. Ces événements en sont venus à être couramment désignés par l’appellation abrégée « The Consols ». Au Nouveau-Brunswick, un accord de longue date avec l’entreprise de chocolat Ganong a soutenu le championnat provincial jusqu’en 1980.

Stewart s’est totalement retiré de la gestion du Brier et a nommé trois administrateurs pour superviser la compétition. Thomas Rennie est devenu le premier président de ce groupe d’administrateurs, aux côtés du lieutenant-colonel Peter Lyall, de Montréal, et du sénateur Jack Haig, de Winnipeg.

Ces administrateurs, ainsi que leurs successeurs, ont assuré l’exploitation du Brier jusqu’à ce que la Macdonald Tobacco retire son soutien en 1979. Lorsque David Stewart, fils de Walter Stewart, a pris en main le Brier en 1946, il a rejoint le groupe des administrateurs en tant que président.

Le premier Brier — Mars 1927

Les administrateurs décidèrent que le championnat se déroulerait sous la forme d’un tournoi à la ronde, un format qui, selon plusieurs, permettrait de désigner un véritable champion national.

Le choix du lieu fut en grande partie dicté par la Macdonald Tobacco, et la ville de Toronto s’est imposée comme un choix logique. Le Granite Curling Club, qui venait tout juste d’être construit, disposait de la plus grande surface de glace artificielle couverte d’Amérique du Nord, et Thomas Rennie en était un membre éminent. Le club était suffisamment vaste pour accueillir le public attendu et disposait des installations nécessaires aux diverses activités prévues en marge de l’événement.

La troisième décision s’est avérée la plus difficile : la sélection des équipes.

Près d’un siècle plus tard, le trophée Brier demeure la récompense la plus prisée du curling masculin canadien. (Photo : Curling Canada/Michael Burns)

En fin de compte, les administrateurs ont décidé de faire du championnat de 1927 une épreuve sur invitation. Le président a adressé des invitations à huit associations de curling — certaines provinciales, d’autres représentant des villes, notamment Montréal et Toronto — afin qu’elles envoient des équipes à cette première édition de la compétition.

Les équipes participantes furent sélectionnées selon diverses modalités. Certaines ont obtenu leur place en remportant des tournois, tandis que d’autres ont été choisies directement. L’exemple le plus probant de ce second cas de figure est celui de l’équipe qui allait triompher, originaire de la Nouvelle-Écosse et dirigée par le Dr Murray Macneill.

L’Ouest canadien ne comptait qu’un seul représentant : Ossie Barkwell, de Yellow Grass, en Saskatchewan. Barkwell a décroché son laissez-passer en battant Jimmy Congelaton, du Manitoba, lors de la finale du « Manitoba Bonspiel ».

Le premier jour de compétition attira une foule nombreuse. Beaucoup de spectateurs ignoraient à quoi s’attendre, mais l’un des points forts résidait dans la différence frappante entre les styles de jeu des équipes de l’Est et celui de la seule formation de l’Ouest, menée par Barkwell.

Les curleurs de l’Est avaient rarement vu le style de jeu délibérément axé sur les sorties employé par leurs adversaires de l’Ouest. Les équipes de l’Est privilégiaient la patience, mettant soigneusement en place chaque bout grâce à des placements précis. Barkwell utilisait le placement lorsque la situation l’exigeait, mais il préférait généralement le coup en puissance, un style méconnu de nombre de ses adversaires de l’Est.

Au bout du compte, Barkwell a présenté une fiche de trois victoires et quatre défaites. Deux équipes de l’Est, dirigées par les capitaines Murray Macneill de la Nouvelle-Écosse et Johnny Malcolm du Nouveau-Brunswick, ont affiché les meilleurs dossiers de la semaine.

Macneill a remporté six victoires contre une seule défaite. Son unique revers est survenu face à Malcolm lors du deuxième tour, au terme d’une partie à haut pointage de 14 bouts que Malcolm a remportée par la marque de 15-14. Grâce à sa fiche globale, l’équipe de Macneill a eu l’honneur de devenir la toute première formation à remporter le Brier Macdonald.

Dans la salle principale du Granite Curling Club, Macneill, Al MacInnes, Cliff Torey et Jim Donahoe ont reçu le trophée « Brier Tankard », des services à thé en argent ainsi que des médaillons en or massif.

Ces médaillons étaient des répliques en or massif de l’épinglette officielle du Brier, par la suite connue sous le nom d’« épinglette en forme de cœur ». Chaque joueur en avait reçu une au début de la compétition. Dans le cas des champions, l’épinglette remise aux participants fut remplacée par une épinglette réservée aux vainqueurs.

Cette tradition s’est poursuivie sous l’égide de la Macdonald Tobacco jusqu’en 1979. Toutefois, les épinglettes remises aux grands gagnants après 1927 étaient en métal doré, alors que celles qui avaient été offertes aux premiers champions, en 1927, étaient en or massif.

(Sources : Canada Curls, de Doug Maxwell; The First Fifty, de Doug Maxwell; et The Brier, de Bob Weeks).

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