Par : Jolene Latimer
Le parcours sportif de Cori Morris a débuté de façon inhabituelle. Enfant à Lanigan, en Saskatchewan, elle était atteinte d’endogyrisme et se retrouvait face à un choix : porter une barre métallique avec des chaussures correctrices ou apprendre à patiner. « C’était horrible », a-t-elle dit à propos de l’orthèse. « Heureusement, mes parents ont opté pour le patinage. On ne peut pas patiner avec les pieds tournés vers l’intérieur. »
Depuis lors, le sport est devenu son exutoire. Elle s’est inscrite au patinage artistique à la patinoire de sa petite ville, est tombée en amour avec le rythme des figures et était emballée à l’idée de réussir son premier axel. Lors des pauses de récréation, elle jouait au soccer avec les garçons jusqu’à ce que des équipes féminines organisées soient mises en place, puis a commencé à jouer au volleyball, tout en admettant qu’elle « n’était pas très bonne, j’adorais ça ». Elle s’entraînait à courir sur les chemins de la ferme familiale, où son père mesurait les distances pour qu’elle puisse faire des sprints aller-retour. « La beauté du sport, c’est qu’avec de l’effort, on voit les résultats assez rapidement », a-t-elle dit. « Ce fut très important pour moi. »
Morris ne se voyait pas comme la meilleure athlète de l’école – elle se distinguait plus par ses résultats scolaires que par sa performance sportive – mais elle souhaitait saisir toutes les occasions qui s’offraient à elle. « J’avais de la facilité à l’école, j’étais donc probablement plus reconnue comme une élève que comme une athlète », a-t-elle déclaré. « Je n’ai jamais été la première sélectionnée dans une équipe, mais j’étais solide et j’ai pratiqué de nombreux sports. »
À la fin de l’école secondaire, ses efforts ont été remarqués lorsqu’elle a été mise en candidature pour le titre d’athlète senior de l’année. Elle n’a pas gagné, mais cette reconnaissance l’a marquée. « Le prix qui a vraiment compté le plus pour moi », a-t-elle déclaré. « J’ai dû travailler très dur pour l’obtenir. C’était merveilleux d’être reconnue pour mes efforts. »
Pour Morris, le sport n’était pas seulement une question de médailles ou de championnats. « Le sport, c’était la persévérance, voir ce qu’on pouvait accomplir en se surpassant. C’est ce qui comptait », a-t-elle déclaré.
Le curling est entré dans sa vie comme sport familial, qu’elle a commencé à pratiquer vers l’âge de 10 ans, mais Morris ne s’y est mise sérieusement que bien plus tard. Après ses études universitaires à Ottawa, elle a joué au curling de façon récréative avec des amis de son équipe de soccer, puis s’est inscrite à un club local. À la fin de la vingtaine, elle participait désormais à des compétitions et s’est qualifiée pour les championnats provinciaux, puis a éventuellement déménagé à Calgary, où sa carrière a pris son envol. « Un parcours atypique pour le curling », a-t-elle dit. Pourtant, ce début tardif ne l’a pas empêchée d’atteindre le sommet : monter sur le podium avec l’équipe Cheryl Bernard après avoir remporté l’argent aux Jeux olympiques de Vancouver 2010.

Maintenant bien installée à Calgary, Morris se consacre à créer des possibilités pour les autres. Par le biais de Briser la glace présenté par Scotties, un programme qui fut élaboré et mis à l’essai par Femmes du curling avant de devenir un programme national de mobilisation des jeunes de Curling Canada, elle encourage les jeunes filles à découvrir la joie du sport et le courage d’essayer quelque chose de nouveau grâce au curling.
Q : Pourquoi es-tu si passionnée par le programme Briser la glace?
Morris : On voit souvent des filles qui ne se considèrent pas comme sportives ou qui n’ont pas encore trouvé de sport qui leur corresponde. Le curling présente des éléments de tous les autres sports que j’aimais – le travail d’équipe du soccer, le défi individuel du patinage artistique – et il montre aux filles qu’il existe de nombreuses façons de s’intégrer. Mon histoire n’a rien à voir avec le fait d’être la plus talentueuse. J’étais celle qui devait travailler dur. Je veux que les filles sachent qu’il ne faut pas se sous-estimer.
Briser la glace est un programme national qui initie les filles au curling dans un environnement ludique et qui renforce la confiance en soi. Le programme fournit des ressources et des conseils aux clubs pour organiser des événements dans le cadre desquels les filles peuvent apprendre les rudiments du curling, rencontrer des instructrices modèles et nouer des liens avec leurs pairs. Mais au-delà des compétences techniques, l’accent est mis sur le renforcement de la confiance en soi en aidant les participantes à essayer quelque chose de nouveau, à surmonter leur stress et à repartir avec un sentiment d’appartenance.
Q : Y a-t-il une histoire d’une participante qui t’a particulièrement marquée?
Morris : Une mère m’a contactée avant un événement à Calgary pour annuler parce que sa fille était trop timide. Elle m’a dit : « Je ne pense pas qu’elle soit à l’aise, je ne pense pas qu’elle puisse le faire. » Je lui ai demandé : « Qu’est-ce qui la mettrait plus à l’aise? Que pouvons-nous faire ensemble pour l’aider à surmonter sa crainte? » Nous avons élaboré un plan. Je lui ai envoyé des photos du club de curling pour qu’elle et sa fille puissent voir exactement à quoi ressemblait la porte d’entrée, par où elles entreraient. Je lui ai dit que nous les retrouverions à la table d’inscription, qu’elle pourrait rester avec sa fille aussi longtemps qu’elle le souhaiterait et que je veillerais personnellement à ce qu’elle soit jumelée à l’instructrice la plus sympathique que je connaisse.
Sa fille est venue. Elle était nerveuse au début. À la fin de la séance, elle souriait, riait et me tapait dans la main. Sa mère est venue me voir et m’a dit : « Cori, tu as changé sa vie. » Elle avait passé un moment formidable et voulait se réinscrire. Ce sont ces moments qui me rappellent l’importance de ce programme : il ne s’agit pas seulement de curling; il s’agit d’aider les filles à trouver le courage de participer et de découvrir qu’elles ont leur place.
Q : Quelle est la principale leçon que tu souhaites que les filles retiennent, même si elles ne continuent pas à jouer au curling?
Morris : Le courage. J’espère qu’elles se souviendront : j’ai eu la force d’essayer quelque chose de nouveau. Ainsi, la prochaine fois qu’elles seront confrontées à quelque chose qui leur fait peur ou qui les rend mal à l’aise, elles se diront : « J’ai déjà été courageuse, je peux l’être à nouveau. » Le curling, c’est la cerise sur le sundae.
Q : Tu as dit que l’un de tes messages préférés est : « Si vous pensez que vous ne pouvez pas le faire, ajoutez simplement le mot encore. » Pourquoi?
Morris : Nous insistons vraiment là-dessus auprès des entraîneuses. Peu importe leur technique. Il s’agit d’essayer quelque chose de nouveau et de réaliser que votre corps peut faire des choses inattendues. Si une fille dit : « Je ne peux pas faire ça », nous l’encourageons à ajouter « encore ». Ce petit mot change tout.
Q : Qu’est-ce que cela te fait de voir cette transformation se dérouler en temps réel?
Morris : C’est la meilleure sensation. Les filles arrivent en regardant leurs orteils, accrochées à la main de leurs parents. À la fin, elles se tapent dans la main, s’encouragent et se demandent comment elles peuvent recommencer. C’est là qu’on sait qu’on a contribué à un changement.
Q : Comment le programme Briser la glace se développe-t-il à l’échelle nationale?
Morris : Grâce à la commandite de Produits Kruger, chaque association membre dispose désormais des ressources et du financement nécessaires pour soutenir des événements, en plus de l’événement Briser la glace que nous organisons chaque année pendant le Tournoi des Cœurs Scotties. Cela signifie que nous pouvons toucher un plus grand nombre de filles et, espérons-le, susciter cette même transformation, passant de la nervosité au courage, dans tout le pays.
Q : Qu’espères-tu que Briser la glace signifie pour l’avenir du curling féminin?
Morris : Égoïstement, bien sûr, j’espère qu’elles tomberont en amour avec le curling comme moi. Mais en réalité, c’est plus gros que ça. J’espère qu’elles repartiront avec la certitude d’avoir eu le courage d’essayer quelque chose de nouveau, qu’elles pourront appliquer cette leçon à tout ce qu’elles entreprendront. Si nous avons semé ne serait-ce qu’une petite graine de confiance, alors nous avons fait notre travail.
Nouveauté cette saison : jusqu’à 25 centres de curling seront sélectionnés pour recevoir une trousse de démarrage numérique officielle du programme Briser la glace, présenté par Scotties, comprenant toutes les ressources nécessaires à l’organisation réussie de l’événement et un financement de démarrage de 500 $. La date limite de soumission des demandes de financement est le 24 octobre 2025 à 23 h 59 HAE. Soumettez votre demande ici.





