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Chapitre un – L’avenir du curling canadien

Par : Nolan Thiessen, Chef de la direction, Curling Canada

Un voyageur, marchant le long d’une route poussiéreuse, tomba sur trois personnes travaillant dans une même carrière. Chacune taillait de gros blocs de pierre sous un soleil de plomb. Chacune disposait des mêmes outils. Chacune accomplissait la même tâche. Il n’y avait guère de différence entre elles. 

Curieux, le voyageur s’approcha du premier tailleur de pierre et demanda : « Que faites-vous? » 

Sans lever les yeux, l’ouvrier répondit : « Je taille de la pierre. » 

Le voyageur fit quelques pas de plus et interrogea le second : « Que faites-vous? » 

Le deuxième s’arrêta un instant et répondit : « Je gagne ma vie. » 

Finalement, le voyageur s’approcha du troisième tailleur de pierre et lui posa la même question. 

Ce dernier regarda une immense structure qui s’élevait au loin, sourit et répondit : « Je bâtis une cathédrale. » 

Ces trois personnes accomplissaient la même tâche. Elles maniaient le même type de marteau, effectuaient le même travail, dans les mêmes conditions difficiles. Pourtant, chacune voyait quelque chose de totalement différent. 

L’une y voyait un travail. L’autre, une responsabilité. Et la troisième, un but. 

La différence ne résidait pas dans le travail lui-même, mais dans la compréhension de ce qu’ils bâtissaient réellement. 

Tôt ou tard, chaque génération fait face à cette même question, que l'on adopte ou non une approche philosophique :

que sommes-nous en train de bâtir?

C’est une question que notre système de curling au Canada devrait se poser. Cela va bien au-delà des plans stratégiques, des données sur les membres, des états financiers, des calendriers des championnats ou des structures organisationnelles. Ces éléments sont importants, mais ce sont les réalités pratiques qui permettent à un sport de fonctionner efficacement. 

Ce n’est pas la raison pour laquelle un sport existe. Le Brier ou le championnat Scotties ne sont pas la seule raison pour laquelle le curling existe. Cela soulève donc la question : pourquoi le travail est-il important? Pourquoi le curling est-il important? 

Et peut-être plus important encore : quelle responsabilité avons-nous envers les générations qui nous ont précédés et celles qui nous suivront dans le sport du curling? 

Chapitre un

À l'aube d'une transformation

Chaque génération hérite d’un sport. Chaque génération décide ce qu’elle en fait.

Introduction

J’ai rédigé cette série intitulée L’avenir du curling canadien non pas pour apporter des réponses toutes faites ou proposer un plan infaillible. Elle vise plutôt à nous faire réfléchir à l’avenir de notre formidable sport et à la direction que nous souhaitons lui donner. Publiée au fil des prochaines semaines, cette série soulèvera des questions, abordera des vérités qui dérangent et remettra en cause nos façons de penser et de ressentir les choses; elle est conçue pour susciter la réflexion, mais surtout pour approfondir le sujet, nous incitant ainsi à nous améliorer tout en restant fidèles à ce qui a toujours fait la particularité du curling. 

Dans cette série, je ne m’exprime pas en tant que Nolan Thiessen — chef de la direction de Curling Canada et ancien athlète de l’équipe nationale — pour prétendre détenir toutes les réponses ou posséder « la recette miracle » du changement; pour affirmer qu’il suffirait d’appliquer les quelques mesures que je juge optimales pour que tout s’arrange et que nous revenions à une situation passée, aujourd’hui devenue irréalisable ou non viable. Il n’existe pas de solution miracle. Si c’était le cas, nous l’aurions déjà mise en œuvre.  

Toutefois, cette série permettra de partager quelques réflexions clés afin de favoriser une convergence vers un objectif commun et d’œuvrer pour un avenir meilleur pour notre sport. Je dis toujours que mon rôle consiste, en fin de compte, à laisser le curling dans un meilleur état que celui dans lequel je l’ai trouvé à mes débuts. C’est tout. Voilà ma mission. Et l’une des raisons pour lesquelles notre sport est si unique — et ce qui rend le travail dans le milieu sportif si particulier — est que tant de personnes partagent cette même aspiration. La progression n’est jamais linéaire au sein d’un système sportif aussi vaste et complexe que celui du curling. Cette série constitue l’une des premières étapes de cette avancée; elle vise à simplifier les questions à se poser pour que chacun puisse apporter sa propre contribution à cette évolution. 

Cette série abordera l’avantage concurrentiel fondamental qui constitue l’essence même du curling — un atout que nous ne devons jamais perdre. 

Elle traitera de cette vérité dérangeante que nous avons tous cherché à éviter. 

Elle évoquera un sport qui repose sur chacun des trois pieds d’un tabouret pour assurer sa solidité : les personnes, les systèmes et les installations. Elle expliquera comment ces trois pieds soutiennent les quatre piliers de tout système sportif performant : le développement à la base, le développement de la haute performance, le développement des systèmes, ainsi que les championnats. 

Cette série abordera les changements fondamentaux à opérer dans notre façon de penser et de se questionner les uns les autres, afin de favoriser un meilleur curling et un meilleur système sportif. Elle présentera des pistes d’avenir et invitera à une réflexion collective pour avancer ensemble. 

Je travaille dans le milieu du sport parce que je crois en son pouvoir. Je crois en ce que le sport peut apporter à la santé physique, mentale et émotionnelle, et à la façon dont il améliore la vie de ceux qui le pratiquent. C’est ce qu’il a fait pour moi, et je souhaite qu’il continue d’en faire autant pour les autres. Je sais que, sous sa meilleure forme, le sport peut bâtir des communautés et des nations. Je travaille dans le monde du curling parce que, sous sa meilleure forme, ce sport peut jouer un rôle de chef de file et incarner toutes ces qualités exceptionnelles. 

J’ai écrit cette série parce que le sport et le curling comptent. 

Le curling est une institution communautaire

Il est facile de réduire le sport à un « simple jeu ». Mais ici, au Canada, le curling a toujours été bien plus qu’un simple jeu. Pour quiconque a passé du temps dans un club de curling, cette affirmation ne nécessite aucune explication. On le comprend instinctivement dès que l’on franchit la porte, et ce sentiment finit rapidement par s’ancrer au plus profond de soi. 

On le perçoit dans l’odeur du hangar à glace et dans le son des conversations qui résonnent dans le salon après les matchs. 

On le retrouve chez le responsable de la glace qui brave le froid d’un matin d’hiver canadien pour se rendre au club et préparer la glace. On le trouve chez le curleur qui consacre dix minutes à accueillir un nouveau venu, puis lui montre comment glisser et lancer une pierre en toute sécurité. 

On le trouve chez l’enfant qui découvre ce sport et, sans trop savoir l’expliquer, sent qu’il a sa place ici, quel que soit son niveau de jeu. 

On le trouve chez le curleur plus âgé qui continue de fréquenter le club chaque semaine, car ce sport lui apporte bien plus qu’un simple exercice hebdomadaire. 

Il forge des relations humaines. Il forge un sentiment d’appartenance à une communauté. Et, sous sa meilleure forme, il offre un véritable foyer. 

Depuis des générations, les clubs de curling constituent, sans faire trop de bruit, certaines des institutions communautaires les plus importantes du Canada. Bien avant que la société ne commence à employer des termes tels que relation sociale, bien-être communautaire, sentiment d’appartenance et engagement intergénérationnel, les clubs de curling étaient déjà des lieux où tout cela se concrétisait; nous ne le nommions simplement pas ainsi. Dans les centres urbains comme ruraux, de l’Atlantique au Pacifique et jusqu’à l’Arctique, cette réalité perdure au quotidien depuis bien plus d’un siècle. 

Le curling est un milieu où un enfant peut partager la glace avec un grand-parent. Où un nouveau venu peut devenir un ami. Où des compétiteurs peuvent féliciter leurs adversaires. Où, après le match, les compétiteurs se retrouvent à l’étage et réalisent qu’ils ont bien plus en commun que leurs lancers avec effet intérieur un peu bancals. 

C’est une réussite remarquable que notre sport puisse ainsi tisser des liens autour de tous ces beaux moments. C’est un aspect que nous ne devrions jamais oublier. Nous vivons dans un monde souvent divisé, où les gens cherchent de plus en plus à créer des liens; or, le curling cultive ce rapprochement depuis des générations.  

Racontons-nous la bonne histoire ?

Lorsque la conversation porte sur l’avenir du curling canadien, la nature humaine veut que l’on commence par évoquer les défis et les problèmes. Ils ressortent du lot. Nous avons tous ce réflexe, et je l’entends chaque fois que je discute de curling avec qui que ce soit. 

Les pressions croissantes qui pèsent sur les bénévoles. Les coûts d’exploitation des installations. L’évolution des attentes de la société. La concurrence pour occuper les temps libres des gens. La concurrence internationale au plus haut niveau. Les parcours des athlètes, des entraîneurs et des officiels. L’évolution des relations entre les communautés, les municipalités et les organisations qui les servent. 

Toutes ces conversations sont importantes et nécessaires; elles ont lieu chaque jour d’un bout à l’autre du pays. 

Mais si nous ne nous attardons que sur les défis, nous risquons de raconter la mauvaise histoire. 

Car l’histoire du curling n’est pas celle d’un déclin.

Ce n’est pas l’histoire d’un échec. Ce n’est pas l’histoire d’un sport qui aurait perdu sa pertinence ou sa place au sein de la société canadienne. Notre réalité raconte une tout autre histoire — une histoire peut-être difficile à raconter, mais indéniablement vraie. 

Chaque année, aux quatre coins du Canada, des millions de personnes se rassemblent dans les clubs de curling. Elles continuent de lacer leurs chaussures, d’enfiler une semelle de glisse ou de saisir une tige de lancement. Elles débattent encore de la stratégie et des coups qu’elles pensent pouvoir réussir, même si le succès n’est pas garanti. Elles célèbrent toujours le gel parfait ou la double sortie par ricochet. Elles rient encore des mauvais lancers et des coups complètement ratés. Elles continuent de se serrer la main avant et après les matchs et de dire « bon match » ou souhaiter « bonne chance » à leurs adversaires. Elles éprouvent toujours cette joie unique propre à un sport au sein duquel l’excellence et l’humilité cohabitent. 

Mais surtout, le curling rassemble les communautés. Le curling continue d’offrir ce que bien des institutions modernes peinent à créer : un lieu où l’on se sent appartenir à un groupe. 

C’est ce qui fait ma fierté de faire partie du monde du curling. 

Toutefois, il convient de faire une distinction importante. Si le curling demeure solide, les structures qui le soutiennent doivent continuer d’évoluer, de s’adapter, de changer et de s’améliorer. 

Ces deux affirmations peuvent être vraies simultanément.  

Nous sommes les gardiens du curling

Le plus bel hommage que nous puissions rendre aux générations précédentes n’est pas d’affirmer qu’elles ont bâti un sport parfait, mais plutôt un sport qui mérite d’être amélioré. 

Elles ont bâti des clubs à partir de bâtiments vides ou de rien. Elles ont instauré des traditions qui se sont ancrées dans la culture canadienne. Elles ont mis sur pied des championnats qui ont vu naître des héros. Elles ont consacré d’innombrables heures de bénévolat parce qu’elles croyaient en l’importance du curling. 

Si elles ont agi ainsi, ce n’est pas parce que la voie était facile, mais parce qu’elles avaient compris une chose fondamentale : elles n’étaient pas propriétaires, mais gardiennes de ce sport. 

Et aujourd’hui, que nous en soyons conscients ou non, cette responsabilité nous incombe, à nous qui faisons aujourd’hui partie du système du curling canadien. 

Nous ne sommes pas ici parce que nos prédécesseurs ont échoué. Nous sommes ici parce qu’ils ont réussi. 

Leur réussite a offert à notre génération l’occasion de poser de nouvelles questions. Non pas parce que les anciennes questions étaient erronées, mais parce que le monde qui nous entoure a changé et que la communauté qu’ils ont bâtie mérite d’être préservée. 

Alors que nous entamons cette discussion sur l’avenir du curling canadien, nous devons accepter de nous poser des questions difficiles. 

Non pas parce que le curling est en déclin, mais parce que le curling compte.  

Mais mesurons-nous le succès à l’aune de ce qui compte vraiment? Créons-nous des possibilités pour ceux qui aimeront ce sport à l’avenir, et pas seulement pour ceux qui l’aiment aujourd’hui? Préservons-nous les traditions parce qu’elles servent l’essence même du curling, ou simplement par habitude? Sommes-nous prêts à changer avant que les circonstances ne nous y contraignent? 

Et peut-être la question la plus importante : si une personne découvre le curling pour la première fois dans 10 ans, aura-t-elle le sentiment que ce sport a été conçu en pensant à elle? 

Mise à jour du logiciel de Curling

Nous avons tendance à percevoir les logiciels comme des outils de l’instant présent, qui permettent à nos téléphones intelligents et ordinateurs de fonctionner au quotidien pour que nous puissions rester en contact avec le monde ou exercer notre métier. Nous lançons machinalement une mise à jour parce que notre service informatique nous l’a demandé. Pourtant, un logiciel n’est presque jamais qu’une version améliorée d’un programme antérieur; il ne s’agit que très rarement d’une refonte totale. Les logiciels modernes ne font jamais table rase de leur passé : ils se contentent de corriger, de réparer et d’évoluer à chaque nouvelle version. 

Nous devrions envisager le curling de la même manière. Il ne s’agit pas ici de débattre de nos vieilles habitudes ni de se demander s’il faut tout remettre à plat pour repartir de zéro. Notre sport porte en lui les traces de toutes les générations qui en ont pris soin. 

Les bénévoles qui ont maintenu les clubs en activité durant les années difficiles. Les entraîneurs qui dirigent les ligues juniors depuis des années. L’organisateur qui veille à ce que le tournoi local atteigne sa 50e édition. Les membres du conseil d’administration qui ont pris des décisions ardues pour assurer la survie d’un club. Les innombrables personnes dont les noms ne figureront jamais dans un livre d’histoire ni sur un trophée, mais dont la contribution est intimement liée à l’essence même de ce sport. 

Nous ne devrions pas souhaiter leur disparition. Nous devrions, au contraire, leur rendre hommage de la meilleure façon possible. 

Mais nos communautés ont changé. Nos familles ont changé. Les attentes des bénévoles ont changé. La technologie a transformé la manière dont les gens interagissent. Les attentes à l’égard des organisations ont changé. 

Aucun de ces changements ne signifie que le passé avait tout faux; ils indiquent simplement que les conditions sont différentes. Le sport dont nous avons hérité a été façonné pour répondre aux réalités des générations précédentes. Le sport dont nous avons la responsabilité aujourd’hui doit s’adapter aux réalités des générations futures. Nous voulons tous voir le curling prospérer; si l’objectif demeure inchangé, la manière de le concrétiser, elle, a peut-être évolué. 

Et notre responsabilité n’est pas d’effacer le passé. Notre responsabilité n’est pas de réécrire entièrement le logiciel pour repartir de zéro. Il nous incombe d’apporter notre propre contribution à cette histoire, d’y laisser notre empreinte et de renforcer l’héritage reçu, afin que la prochaine génération hérite de quelque chose d’encore plus précieux. 

Chaque pièce a son importance

Cette responsabilité exige de l’humilité. Je vous assure que Curling Canada ne pense pas pouvoir y parvenir seul. Les organisations et les clubs ne peuvent pas y arriver seuls non plus. Le succès d’un club ne peut pas toujours être reproduit dans une autre communauté canadienne. Aucune organisation ne peut, à elle seule, bâtir un avenir plus sain pour le curling canadien. 

Aucun club. Aucune province ni aucun territoire. Aucun organisme national. Aucun athlète. Aucun bénévole. Aucun chef de la direction. 

L’avenir du curling canadien sera façonné par des milliers de petites décisions prises chaque jour par des personnes profondément attachées à ce sport. C’est là que résident à la fois le défi et la possibilité, et c’est pourquoi j’aime tant ce sport : parce que tant de gens souhaitent contribuer à sa réussite. 

On ne peut bâtir l’avenir en demandant à une seule personne ou à une seule organisation d’en porter tout le poids. Un système réussit lorsque chacun comprend que son rôle compte, que la réussite est partagée et qu’il fait partie de quelque chose qui le dépasse. 

Comment prévoyons-nous de passer le flambeau?

L’avenir du curling canadien n’a jamais appartenu à une seule génération. Chaque génération reçoit ce sport en cadeau. Chaque génération a le privilège d’en façonner le prochain chapitre et, un jour, un autre groupe de dirigeants prendra la relève. 

Ils hériteront des décisions que nous prenons. Ils hériteront de la culture que nous créons. Ils hériteront des possibilités que nous mettons en place. Ils hériteront des traditions que nous choisissons de renforcer et des obstacles que nous choisissons d’éliminer. 

Ils ne nous jugeront pas sur notre capacité à avoir tout préservé tel que c’était. Ils nous jugeront sur notre capacité à avoir compris notre responsabilité.  

Si nous avons eu suffisamment à cœur de nous améliorer. 

Si nous avons eu le courage d’évoluer. 

Si nous avons laissé ce sport plus fort que nous ne l’avons trouvé. 

Car nous ne sommes pas les propriétaires du curling. Nous en sommes simplement les gardiens actuels. 

Et le privilège de cette mission ne réside pas dans le fait de s’accrocher éternellement à quelque chose, mais dans celui de le préparer pour ceux qui nous succéderont. 

Réflexion

Chaque chapitre s’achèvera par des pistes de réflexion : des questions pour prolonger la conversation et nous amener à réfléchir à la situation actuelle ainsi qu’à ses implications pour l’avenir. Pour le chapitre 1, nous posons les questions suivantes : 

  • Que sommes-nous réellement en train de bâtir? 
  • Quels aspects du curling en incarnent l’âme et doivent être préservés? 
  • Quels éléments de notre système ont été conçus pour les défis d’hier et pourraient devoir évoluer pour répondre aux possibilités de demain? 
  • Pour quelle initiative la prochaine génération nous saura-t-elle gré d’avoir eu le courage d’agir? 

« Le meilleur moment pour planter un arbre était il y a vingt ans. Le deuxième meilleur moment, c'est aujourd'hui. »

L'arbre du curling a été planté bien avant que l'un d'entre nous ne soit de ce monde. Notre responsabilité n’est pas de revendiquer la propriété de ses racines, mais de continuer à favoriser sa croissance. Avant d’en arriver là, le chapitre 2 abordera l’âme du curling et ce que nous ne devons jamais perdre.

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