Par Jolene Latimer
Depuis son poste aux abords de la piste, Elaine Dagg-Jackson a tout vu. Elle a été témoin de défaites crève-cœur et de leçons apprises à la dure, mais elle a aussi vécu de grands succès — et ils ont été nombreux. Durant la majeure partie de sa carrière, elle n’a pas seulement été aux premières loges pour assister à certains des plus grands moments du curling : elle a contribué à les façonner.

Aujourd’hui, Dagg-Jackson quitte le programme de haute performance de Curling Canada, après plus de deux décennies passées à accompagner les meilleures équipes féminines du pays. Et si sa carrière l’a conduite sur certaines des plus grandes scènes de ce sport, ce sont les personnes qu’elle a aidées à y concourir qui lui ont laissé la plus profonde empreinte.
« Avoir le privilège de se tenir dans l’allée, à l’extrémité de la piste, lors d’une compétition, et de voir une équipe remporter le tournoi Scotties pour décrocher le statut d’Équipe du Canada, ou gagner les Essais olympiques pour devenir l’équipe olympique : ce sont des moments que je n’oublierai jamais », a-t-elle confié.
Pour ces athlètes, l’influence de Dagg-Jackson a dépassé le cadre des victoires qu’elles ont partagées.
« Je n’aurais pas pu imaginer ma carrière au curling sans Elaine Dagg-Jackson », a déclaré Jennifer Jones, sextuple championne du tournoi Scotties et médaillée d’or olympique. Elle a rencontré Dagg-Jackson pour la première fois à l’âge de 19 ans, alors que cette dernière travaillait au sein du programme national junior du Canada.
« Avoir quelqu’un qui croit en vous et qui vous rappelle que vous êtes exactement là où vous devez être — que vous avez votre place — c’est ce qu’Elaine a fait, mais toujours de manière discrète et effacée », a confié Jones.
L’admiration était réciproque. Dès le début, Dagg-Jackson a décelé chez Jones une détermination à réussir et un refus d’accepter la moindre limite.
Dagg-Jackson se souvient également qu’après presque chaque compétition ou camp d’entraînement, Jones la contactait par téléphone dans les 24 heures, cherchant à savoir ce qu’elle pouvait améliorer et comment elle pouvait atteindre le niveau supérieur.
Jones se souvient de Dagg-Jackson comme d’une entraîneuse qui comprenait l’importance de savourer l’expérience tout au long du parcours. Elle était organisée et très attentive aux détails, mais elle veillait aussi à ce que ses athlètes n’oublient pas de s’amuser.

« Elle nous rappelait de rester bien ancrées dans le présent et de profiter pleinement de chaque instant », a confié Jones.
La carrière d’entraîneuse de Dagg-Jackson a débuté bien avant qu’elle ne rejoigne le programme de haute performance de Curling Canada en 2004. Trois fois championne canadienne, Dagg-Jackson a occupé les fonctions d’entraîneuse et de remplaçante au sein de l’équipe de Julie Skinner (née Sutton), qui a remporté le championnat Scotties en 1991, la médaille d’argent au championnat du monde féminin la même année, ainsi que la médaille de bronze aux Jeux olympiques d’Albertville, en France, en 1992, alors que le curling figurait au programme en tant que sport de démonstration.
De 1993 à 1995, elle a travaillé auprès du programme national junior du Canada, avant d’occuper des postes d’entraîneuse auprès des équipes nationales du Japon et de la Corée du Sud; elle fut notamment entraîneuse en chef de l’équipe japonaise lors des Jeux olympiques de Nagano en 1998.
À son retour au sein de Curling Canada en 2004, sa première mission fut d’accompagner l’équipe de Colleen Jones au championnat du monde de curling féminin à Gävle, en Suède, où le Canada a remporté l’or.
Malgré son expérience, Dagg-Jackson se souvient s’être sentie intimidée à l’idée de rejoindre une équipe aussi accomplie. Elle a vite découvert que sa plus grande contribution consisterait à aider les athlètes à se préparer à toutes les circonstances possibles, plutôt que de changer ce qui fonctionnait déjà.
« La préparation fait foi de tout », a-t-elle déclaré. « Il faut se préparer à toute éventualité grâce à un plan extrêmement détaillé. »
Cette philosophie est devenue une marque de commerce de sa carrière, alors qu’elle a travaillé aux côtés de Gerry Peckham — directeur de la haute performance chez Curling Canada pendant de longues années — à l’élaboration du programme des équipes nationales du Canada, en assumant des responsabilités liées aux sciences du sport, à la formation des entraîneurs, à la planification stratégique et au mieux-être des athlètes.
Peckham se souvient d’une collègue qui n’hésitait jamais à accepter une responsabilité supplémentaire, peu importe à quel point son horaire était déjà chargé.
« Avec Elaine, il n’y avait jamais de « peut-être » ni de « je te reviens là-dessus » », raconte-t-il. « C’était plutôt : « Oui, je m’en occupe. Je peux prendre ça en charge quand tu en auras besoin. » »

Il se rappelle que Dagg-Jackson, qui vit à Victoria, en Colombie-Britannique, était souvent la première personne avec qui il échangeait chaque jour — elle appelait parfois dès 5 heures du matin, heure locale — toujours avec cette vivacité qui lui était propre et qui insufflait de l’énergie à son entourage.
« Elaine est de ces personnes qu’il faudrait toujours accompagner d’une fanfare », dit-il.
Selon Peckham, la volonté de Dagg-Jackson d’améliorer ses propres compétences était à la hauteur de son dévouement envers les athlètes. Elle a saisi toutes les occasions de perfectionnement professionnel, devenant, à ses yeux, l’une des entraîneuses les mieux formées du sport canadien.
Cette expertise a fait d’elle une collaboratrice précieuse, bien au-delà de Curling Canada. Elle était régulièrement sollicitée par des organismes nationaux de sport pour ses connaissances en matière d’entraînement et de développement des athlètes, tout en jouant un rôle déterminant dans l’obtention de financement pour le programme de haute performance.
« Elle possédait un véritable sens de la diplomatie et de la dignité; elle a toujours veillé, avec une grande maîtrise, à ce que l’image de marque de Curling Canada soit parfaitement représentée et bien servie », a déclaré Peckham.
Au-delà de son travail auprès des équipes nationales, Dagg-Jackson est devenue une voix respectée dans l’ensemble du milieu sportif canadien, contribuant à des initiatives menées par l’Association canadienne des entraîneurs, le Comité olympique canadien et À nous le podium. Ses contributions au curling lui ont valu de nombreuses distinctions, notamment le prix de la bâtisseuse Joan-Mead et son intronisation au Temple de la renommée du sport du Grand Victoria.
Bien qu’elle quitte le programme de haute performance, Dagg-Jackson maintient son engagement envers le curling par le biais de son travail au sein de Femmes du curling, une initiative qui vise à offrir davantage de possibilités aux femmes dans les domaines de l’entraînement, du leadership et d’autres fonctions au sein de ce sport.
« Les femmes sont des personnes fascinantes et brillantes, qui ont amplement prouvé leur capacité à pratiquer et organiser le curling au plus haut niveau. J’aimerais que cela soit mis davantage en lumière », a-t-elle déclaré.
De l’avis de Peckham, son influence restera manifeste bien après son départ à la retraite.
« Elle est la référence absolue, le modèle par excellence », a-t-il déclaré. « Si quelqu’un m’appelait pour me demander conseil, je lui dirais sans doute : « Inspire-toi autant que possible d’Elaine. » »
De son côté, Dagg-Jackson part avec la satisfaction de savoir que le programme qu’elle a contribué à bâtir est entre de bonnes mains.
« Je voulais quitter le programme de l’équipe nationale et le milieu du curling de haute performance alors que, selon moi, les choses allaient vraiment bien », a-t-elle déclaré. « Je suis désormais aux premières loges pour observer certains des éléments que j’ai contribué à mettre en place, et pour voir le tout s’épanouir et rayonner. »




